Dans les jours heureux, vous préférerez hautement Cimarosa. Dans
ces moments de mélancolie rêveuse et pleine de charmes, que vous
rencontriez, à la fin de l'automne, dans le voisinage du château
antique, sous ces hautes allées de sycomores, où le silence universel
n'était troublé de temps en temps que par le bruit de quelques feuilles
qui tombent, c'est le génie de Mozart que vous aimiez à rencontrer.
C'est un de ses airs que vous vouliez entendre répéter dans la forêt
par le cor lointain.
Ses douces pensées et sa joie timide sont d'accord avec ces derniers
beaux jours où une vapeur légère semble voiler les beautés de la nature
pour les rendre plus touchantes, et où même, quand le soleil paraît
dans sa splendeur, l'on sent qu'il nous quitte. En rentrant au château,
c'est devant une _Madone_ de Raphaël que vous vous arrêtiez plutôt que
devant la tête superbe de l'_Apollon_.
Une fois que les grands artistes sont arrivés à cette hauteur, qui
osera se présenter pour décider? Ce serait préférer un amour de la
veille à un amour du lendemain, et les cœurs passionnés savent trop
bien que l'amour pur ne laisse pas de souvenirs.
Quand ce souffle divin nous a abandonnés à notre médiocrité naturelle,
nous ne pouvons le juger que par ses effets, et l'admiration n'a point
de traces.
La règle générale dit bien qu'on juge du degré d'une passion par la
force de celle qu'on lui sacrifie; mais, dans ce problème, tout est
variable, même le moins variable des attachements de l'homme, l'amour
de la vie.
Qui se présentera pour décider entre le _Pâris_ de Canova et le _Moïse_
de Michel-Ange, si l'admiration ne laisse pas de souvenirs, si nul cœur
d'homme ne peut sentir en un même jour le charme de ces ouvrages divins?