FILIPPO.

Pensai.--Mi segui.

(Acte II, scène V.)

[275] Pour l'Italie, de Brosses, Misson, Duclos; pour la

Hollande, Voyage fait en 1794, trad. par Cantwell, chez Buisson,

an V, tom. I, p. 22.

[276] Voir les excellents _Mémoires_ de Dalrimple sur la

révolution de 1688. Le Hollandais semble ne rien vouloir; sa

démarche, son regard, n'impriment rien, et vous pouvez converser

des heures entières avec lui sans qu'il lui arrive d'_avancer une

opinion_. La possession et le repos sont ses idoles.

[277] Un front élevé, les yeux à demi fermés, un nez charnu, les

joues affaissées, la bouche béante, les lèvres plates, et un

large menton, telle est la physionomie du Hollandais. (DARMSTAD,

l. IV, 102.)

[278] L'acte le plus grand, le plus inconcevable de la nature,

est d'avoir su tellement modeler une masse de matière brute,

qu'on y voie l'empreinte de la vie, de la pensée, du sentiment,

et d'un caractère moral. (SULZER.)

Quelle main pourra saisir cette substance légère dans la tête

et sous le crâne de l'homme? Un organe de chair et de sang

pourra-t-il atteindre cet abîme de facultés et de forces internes

qui fermentent ou se reposent? La Divinité elle-même a pris soin

de couvrir ce sommet sacré, séjour et laboratoire des opérations

les plus secrètes; la Divinité, dis-je, l'a couvert d'une forêt,

emblème des bois sacrés où jadis on célébrait les mystères. On

est saisi d'une terreur religieuse à l'idée de ce mont ombragé,

qui renferme des éclairs, dont un seul, échappé du chaos, peut

éclairer, embellir, ou dévaster et détruire un monde. (HERDER.)

Sulzer et Herder sont des philosophes qui jouissent d'une grande

réputation en Allemagne; ce qui n'empêche pas que ces passages,

pris au hasard dans leurs œuvres, ne soient d'une force de

niaiserie qu'on ne se permettrait pas en France. (Voyez surtout

la _Vie de Goethe_, écrite par lui-même; Tubingue, 1816.)

[279] A demi-lieue de Moscou. Je me permis de ramasser par terre

un petit traité manuscrit sur l'existence de Dieu.

[280] Voir le beau tableau de M. Girodet. Ce qui frappe dans le

Russe, au premier abord, c'est sa force étonnante; elle s'annonce

et par une large poitrine, et par un cou vraiment colossal, qui

rappelle sur-le-champ celui de l'_Hercule Farnèse_.

[281] Il faut observer que le despotisme russe, étant presque

volontaire chez le paysan, n'a point avili les âmes: le moral est

presque digne des pays à constitution.

Quelle est exactement la différence de la vivacité du Russe à

celle du Provençal? Pas un vieillard, pas une jambe cassée, pas

une femme en couche, n'était resté à Moscou. Mon premier soin fut

de parcourir au galop les principales rues.

[282] Ce tempérament forme la partie la plus respectée du public.

«L'abbé Alary, dit Grimm, 1771, vient de mourir à quatre-vingt-un

ans. Il avait quitté la cour depuis fort longtemps, et vivait

doucement à Paris, avec la réputation de sagesse dans le

caractère, ce qui veut souvent dire nullité; car il n'y a qu'à

ne s'affecter de rien, être de la plus belle indifférence pour

le bien et pour le mal public ou particulier, louer volontiers

tout ce qu'on fait, et ne jamais rien blâmer, s'appliquer à ses

intérêts, mais sans affiche, et l'on a bientôt la réputation d'un

homme sage[xiii].

[xiii] Ceci disparaît par les deux Chambres.

La plupart des hommes illustres par _leurs écrits_ étant du

tempérament mélancolique, l'homme sage, qui est l'ami de l'homme

de génie, croit avoir toute sa vie de bonnes raisons de se moquer

de lui. Dans ces relations, c'est l'homme de génie qui est

l'inférieur. Le Tasse, Rousseau, Mozart, Pergolèse, Voltaire sans

ses cent mille livres de rente.

[283] C'est un citoyen de Lilliput qui trouve à blâmer dans

la taille de Gulliver. Un homme d'esprit, M. Schleghel, veut

bien nous apprendre que les comédies de Molière ne sont que des

satires tristes.

Il est vrai que M. Schleghel eût été meilleur apôtre que juge

littéraire. Il commence par déclarer qu'il méprise la raison:

voilà déjà un grand pas; puis, pour marcher en sûreté de

conscience, il ajoute que le Dante, Shakspeare et Calderon

sont des apôtres envoyés par Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec

_une mission spéciale_; qu'ainsi on ne peut, sans sacrilége,

retrancher ni blâmer une seule syllabe de leurs ouvrages. Cette

belle théorie s'explique très-facilement par le _sens intérieur_.

Celui qui a le malheur de n'être pas doué du _sens intérieur_

ne saurait sentir les poëtes venus sur la terre avec mission.

Voulez-vous savoir si vous avez le _sens intérieur_? M. Schleghel

vous le dira: il en a une si grande part, qu'en cinq minutes de

conversation il se fait fort de connaître si vous êtes du nombre

des bienheureux.

Le difficile en cette affaire, c'est qu'il ne faut pas rire;

voilà sans doute pourquoi ces bons Allemands ne goûtent point

Molière: au reste, il est impossible d'avoir plus de science; et

les érudits _à sens intérieur_ ne proscrivent point, comme les

autres, les traits énergiques.

Je m'imagine que la postérité résumera ainsi la querelle des

romantiques et des pédantesques.

Les romantiques étaient presque aussi ridicules que les La Harpe;

leur seul avantage était d'être persécutés. Dans le fond, ils ne

traitaient pas moins la littérature comme les religions, dont

une seule est la bonne. Leur vanité voulait détrôner Racine;

ils savaient trop de grec pour voir que le genre de Schiller

est aussi bon à Weimar, que celui de Racine à la cour de Louis

XIV[xiv].

[xiv] Un auteur excellent chez le peuple pour lequel il a

travaillé n'est que bon partout ailleurs.

Racine avait pour les Français des détails charmants, qu'un

étranger n'atteindra jamais[xv]. Ce qu'on disait de mieux contre

lui, c'est que la sphère d'influence d'un poëte s'étend avec

son esprit, qui le tire du détail, pour lui faire présenter le

cœur humain par les grands traits, différence de Vanderwerff au

Poussin.

[xv] Le rhythme du rôle de Monime. Les étrangers ont trop de

raison pour avoir tant d'honneur.

Les romantiques, aveugles sur la connaissance de l'homme, ne

sentaient pas que la civilisation de leurs peuples féodaux

était postérieure à celle de la belle France. Ces gens, qui

poursuivaient si hautement l'esprit pour se retrancher au bon

sens, ne distinguaient pas que leur littérature allemande en

était encore à ses Ronsards; que, lorsqu'on veut avoir une belle

littérature, il faut commencer par avoir de belles mœurs.

Ils n'avaient qu'un nom pour eux, dont ils abusaient; mais ils

ne voyaient pas d'assez haut les civilisations, pour sentir que

Shakspeare n'est qu'un diamant incompréhensible qui s'est trouvé

dans les sables.

Il n'y a pas de demi-Shakspeare chez les Anglais; son

contemporain Ben-Johnson était un pédantesque comme Pope,

Johnson, Milton, etc.

Après ce grand nom, qui n'est point encore égalé, ils n'avaient

que son imitateur Schiller. Ossian leur manquait, qui n'est

que du Macpherson construit sur du Burke. Ils ne savaient

qu'opposer à Molière; aussi ne riaient-ils point, soit qu'ils

trouvassent plus commode de mépriser ce qu'ils n'avaient pas,

soit que réellement leur génie, froid et toujours monté sur des

échasses, fût insensible aux grâces de Thalie[xvi]. Loin de

pouvoir apprécier ses créations, ils n'en concevaient pas même le

mécanisme; ils ne voyaient pas que la comédie ne peut jaillir que

d'une civilisation assez avancée pour que les hommes, oubliant

les premiers besoins, demandent le bonheur à la vanité.

[xvi] Voir toutes les Esthétiques allemandes, et surtout les

Mémoires de la margrave de Bareith, bien plus concluants: on

verra ce qu'étaient les cours de ce pays en 1740, et si

raisonnablement il peut prétendre à la finesse, t. II, p. 10,

12.

Le comique nous plaît parce qu'il nous fait moissonner des

jouissances de vanité sur des sottises que l'art du poëte nous

montre à l'improviste. S'il était un peuple où la première

passion fût la _vanité_, et la seconde le désir de _paraître

gai_, ce peuple ne semblerait-il pas né précisément pour la

comédie[xvii]?

[xvii] En 1770.

S'il était une nation rêveuse, tendre, un peu lente à comprendre,

manquant de caractère, ne vivant que de bonheur domestique, cette

nation ne se donnerait-elle pas un ridicule en voulant morigéner

les poëtes comiques qu'elle ne peut comprendre?

Le rire est incompatible avec l'indignation. L'homme qui

s'indigne voit:

1° Sûreté, ou grands intérêts;

2° Attaque de tout cela:

or, l'homme qui songe à sa sûreté est trop occupé pour

rire[xviii].

[xviii] Les deux Chambres chassent le comique.

L'homme pensif, qui se berce l'imagination par les détails

enchanteurs de quelque roman dont il sent qu'il serait le héros

si le ciel était juste, va-t-il se retirer de cet océan de

bonheur pour jouir de la supériorité qu'il peut avoir sur un

Géronte disant de son fils: «Mais que diable allait-il faire dans

cette galère?»

Que lui fait la folie de cette repartie adressée au Ménechme

grondeur:

Que feriez-vous, monsieur, du nez d'un marguiller?

Il est clair que, pour Alfieri et Jean-Jacques, le comique a

toujours été invisible.

Jean-Jacques aurait pu sentir le comique de Shakspeare, qui,

ainsi que la musique, commet la fausseté perpétuelle de donner

un cœur tendre et noble à tous les personnages. Voilà le comique

_romantique_ de M. Schleghel[xix].

[xix] Le contraire de Gil Blas.

Il est enfin des gens froids, privés d'imagination, dont

l'impuissance se décore du vain nom de raisonnables. Ils sont si

malheureux, que, sans avoir de passion ni d'intérêt pour rien, et

par la seule morosité de leur nature, la détente du comique ne

part qu'avec une extrême difficulté, et ils ont le bon ridicule

d'être fiers de leur disgrâce. Tel fut Johnson. Comment voir la

délicieuse gaieté de la _Critique du Légataire_?

Cependant la cause des romantiques était si bonne, qu'ils

la gagnèrent. Ils furent l'instrument aveugle d'une grande

révolution. La véritable connaissance de l'homme ramena la

littérature de la _miniature maniérée_ d'une passion à la

peinture en grand de toutes les passions: ils furent le sabre de

Scanderberg; mais ils n'eurent jamais d'yeux pour voir ce qu'ils

frappaient ni ce qu'il fallait mettre à la place.

[284] Un Anglais, Barington, appelle Montesquieu un auteur

_fatigant_.

Histoire de la peinture en Italie · 第 235 / 465 题