CARACTÈRE MORAL.

Un grand sentiment de bien-être, des idées agréables et brillantes,

des affections bienveillantes et douces; mais les habitudes auront

peu de fixité; il y aura quelque chose de léger et de mobile dans les

affections de l'âme, l'esprit manquera de profondeur et de force[268].

Tout ce que j'avance, c'est qu'on trouvera souvent ces circonstances

physiques à côté de ces dispositions morales. Le médecin, qui verra

les signes physiques, s'attendra aux effets moraux. Le philosophe, qui

trouvera les signes moraux, sera confirmé dans ses observations par

l'habitude du corps. Un homme sanguin aura beau jurer une activité

infatigable, ce n'est pas à lui, toutes choses égales d'ailleurs, que

Frédéric II confiera la défense d'une place importante; il l'appellera,

au contraire, s'il veut un aimable courtisan.

On sait que les considérations générales prennent plus de vérité à

mesure qu'on les étend sur un plus grand nombre d'individus[269].

Ainsi, dans la retraite de Moscou, l'armée française eût été sauvée

par un génie allemand, un maréchal Daun, un Washington. Je voudrais

trouver des noms moins célèbres. Il ne fallait pas de génie, il ne

fallait qu'un peu de cet esprit d'ordre si commun dans les armées

autrichiennes, mais qui doit être si rare chez un peuple sanguin. Un

seul mot peindra tout: prévoir le danger est un ridicule.

Le peintre qui fera Brutus envoyant ses fils à la mort, ne donnera pas

au père la beauté idéale du sanguin, tandis que ce tempérament fera

l'excuse des jeunes gens. S'il croit que le temps qu'il faisait à Rome

le jour de l'assassinat de César est une chose indifférente, il est en

arrière de son siècle. A Londres, il y a les jours où l'on se pend[270].

[267] Cabanis, I, 442; Crichton, _Mental derangement_, 2 volumes

in-8°, 1810; Hippocrate, _Traités des eaux, des airs et des

lieux_; Gallien, _Classification des tempéraments_; Darwin,

Haller, Cullen, Pinel, Hallé, Zimmermann, etc. En politique,

comme dans les arts, on ne peut s'élever au sublime sans

connaître l'homme, et il faut avoir le courage de commencer par

le commencement, la _physiologie_.

La vie de l'homme se compose de deux vies: la vie _organique_

et la vie de _relation_. Le nerf _grand sympathique_ est la

source de la vie des organes, la respiration, la circulation,

la digestion, etc., etc. Le cerveau est la source de la vie de

_relation_, ainsi nommée parce qu'elle nous met en relation avec

le reste de l'univers. Les végétaux n'ont probablement que la vie

organique; ils vivent, ils ne se décomposent pas; mais, pour eux,

point de mouvements, point de reproduction, point de discours.

Les mouvements causés par le _grand sympathique_ sont

involontaires: il y a de la volonté dans tout ce qui vient du

cerveau; plusieurs organes recevant à la fois les nerfs de ces

deux centres, certains mouvements sont tantôt volontaires et

tantôt involontaires.

De là ce vers fameux, l'histoire de notre vie:

Video meliora, proboque; deteriora sequor.

Le grand sympathique, en ce sens très-mal nommé, serait la

cause de l'intérêt personnel, et le cerveau, la cause du besoin

de sympathie: voilà les deux principes de l'Orient, Omaze et

Arimaze, qui se disputent notre vie. (Voir l'ouvrage sublime de

M. de Tracy sur la volonté.)

[268] Pendant que j'étais à Rome, j'avais noté que, parmi mes

connaissances, il n'y avait qu'un sanguin, l'aimable marquis

Or***.

[269] _Probabilités_ de la Place, in-4°, 1814; Tracy, _De la

Volonté_.

[270] Vent et brouillards au mois d'octobre.

Histoire de la peinture en Italie · 第 217 / 465 题