Ce tempérament est évidemment plus commun en France. C'est la
réflexion que je faisais sur les bords du Niémen, le 6 juin 1812, en
voyant passer le fleuve à cette armée innombrable, composée de tant
de nations, et qui devait souffrir la déroute la plus mémorable dont
l'histoire ait à parler. Le sombre avenir que j'apercevais au fond des
plaines sans fin de la Russie, et avec le génie hasardeux de notre
général, me faisait douter. Fatigué de vaines conjectures, je revins
aux connaissances positives, ressource assurée dans toutes les fortunes.
J'avais encore un volume de Cabanis, et, devinant ses idées à travers
ses phrases, je cherchais des exemples dans les figures de tant de
soldats qui passaient auprès de moi en chantant, et quelquefois
s'arrêtaient un instant quand le pont était encombré.
C'est en effet chez les paysans qu'il faut commencer l'étude difficile
des tempéraments; l'homme riche échappe avec trop de facilité à
l'influence des climats; c'est compliquer le problème.