Les combinaisons de tempéraments sont infinies; mais l'artiste, pour
guider son esprit, donnera un nom à six tempéraments plus marqués, et
auxquels on peut rapporter tous les autres[265]:
Le sanguin,
Le bilieux,
Le flegmatique,
Le mélancolique,
Le nerveux,
Et l'athlétique[266].
Cette idée ne dévoile pas tant les individus que les nations.
[265] Si l'on n'a pas voyagé, et que l'on doute des tempéraments,
voir le _Voyage_ de Volney en Égypte.
[266] J'aurais dû placer ici une copie de la caricature des
quatre tempéraments (_Lavater_, I, 263), ou faire graver les
dessins que j'ai fait faire dans mes voyages, d'après des gens
qui me semblaient offrir les tempéraments à un degré remarquable
de _non-mélange_. Mais mon talent n'est pas la patience. Je ne
puis me flatter d'obtenir, même des meilleurs graveurs, des
estampes ressemblantes aux dessins qu'on leur livre; autrefois
les graveurs ne savaient pas dessiner. De nos jours, on les voit
hardiment corriger les plus grands maîtres; c'est un honnête
étranger qui, traduisant Molière, se dirait: «Ce caractère
d'Orgon, dans le _Tartufe_, a des sentiments qui me semblent
approcher de l'inhumain. L'humanité est une belle chose; donc
je vais adoucir un peu ces passages où Orgon choque cette belle
vertu.»
Si j'avais rencontré quelque bon graveur allemand, bien patient
et bien consciencieux, j'aurais donné une estampe pour rendre
sensible la manière de chaque grand peintre.
J'avouerai que rien ne me semble plus ridicule que les gravures
des chambres du Vatican par Volpato. Pour voir, à Paris, le style
des fresques du Vatican, il faut monter à la Sorbonne, chez un
dessinateur dont j'ai oublié le nom, mais qui a rapporté de Rome
trois ou quatre têtes dignes des originaux. Les personnes qui en
sentiront l'angélique pureté comprendront mon idée; la règle du
graveur est inflexible: ou il se sent plus de génie que Louis
Carrache, ou il faut tout copier, même les doigts un peu longs de
sa _Madone_[xii].
[xii] Ancien Musée Napoléon, n° 876.
La _Cène_ de Morghen, le portrait de la Fornarina, la _Madonna
del Sacco_, la partie supérieure de la _Transfiguration_, donnent
à l'âme la sensation affaiblie des originaux, tandis que rien
n'est moins Raphaël que la _Force_ et la _Modération_ dont
Morghen a fait un pendant à la _Madone del Sacco_.
Pour le Corrége, peintre presque impossible à rendre, il y a une
_Madone_ de Bonato qui me semble un miracle: qu'on ferme les
persiennes pour la voir dans le demi-jour, on croira voir ce
_resplendissant_ singulier des tableaux du Corrége.