DIFFICULTÉ DE LA PEINTURE ET DE L'ART DRAMATIQUE.

Beaucoup d'imagination et l'art de bien faire les vers suffisent au

poëte épique. Une grande connaissance de la beauté suffit au statuaire.

Mais il y a une circonstance remarquable dans le talent du peintre et

du poëte dramatique.

On ne voit pas les passions, comme les incendies ou des jeux

funèbres[258], avec les yeux du corps. Leurs effets seuls sont

visibles. Werther se tue par amour. M. Muzart vient dans la chambre de

ce beau jeune homme, et le voit posé sur son lit; mais les mouvements

qui ont porté Werther à se tuer, où les verra-t-il?

On ne peut les trouver que dans son propre cœur. Tout homme qui n'a

pas éprouvé les folies de l'amour n'a pas plus d'idée des anxiétés

mortelles qui brisent un cœur passionné, que l'on n'a d'idée de la

lune avant de l'avoir vue avec le télescope d'Herschel[259]. Nulle

description ne peut donner la sensation de cette neige piétinée par un

animal dont les pieds seraient ronds.

Plaire dans la peinture et dans l'art dramatique, c'est rappeler l'idée

de cette _neige piétinée_ aux hommes qui en ont eu une vue confuse.

Nos poëtes alexandrins décrivent cette vue singulière d'après ce qu'ils

en trouvent dans la copie d'après nature qu'en fit Racine autrefois.

Ce qui est plus amusant que leurs tragédies, c'est de les voir

soutenir dans leurs préfaces, biographies, etc., que le sage Racine

ne fut jamais en proie aux erreurs des passions, et qu'il trouva les

mouvements d'Oreste et de Phèdre à force de lire Euripide.

Comment peindre les passions, si on ne les connaît pas? et comment

trouver le temps d'acquérir du talent, si on les sent palpiter dans son

cœur?

[258] _Énéide_, II et V.

[259] Vu et écrit le 26 décembre 1814.

Histoire de la peinture en Italie · 第 209 / 465 题