IL S'ÉLOIGNE DE PLUS EN PLUS DE LA NATURE.

L'artiste ravi médite sur son ouvrage avec une nouvelle ferveur; il se

rappelle le principe fondamental, que le spectateur n'a qu'une certaine

quantité d'attention.

«Si je veux porter à son comble ce sentiment que le sauvage dévot doit

éprouver devant mon Jupiter, il faut que par elle-même l'imitation

physique vole aussi peu que possible de cette attention précieuse.

Il faut que la pensée traverse rapidement tout ce qui est matière,

pour se trouver en présence de cette puissance terrible, et pourtant

consolante, qui siége sur les sourcils de Jupiter. Tout est perdu, si

en regardant la main du dieu, le sauvage va reconnaître les plis de

la peau qu'il se souvient d'avoir vus sur les siennes. S'il se met

à comparer sa main à celle du dieu, s'il s'avise de me louer sur la

vérité de l'imitation, je suis sans ressources. Comment y aurait-il

encore place dans ce cœur pour l'anéantissement dont la présence du

maître des dieux et des hommes doit le frapper?»

Il n'y a qu'un parti, sautons tous ces malheureux détails qui

pourraient dérober une part de l'attention[238]; j'en pourrai donner

plus de physionomie à ceux que je garderai.

[238] Dans les discours, _brevitas imperatoria_, style de

César. Lois des douze Tables, voir Bouchard. Dans les beaux

_récitatifs_, la grandeur du style vient de l'absence des

détails; les détails tuent l'expression.

Histoire de la peinture en Italie · 第 191 / 465 题