DOULEUR DE L'ARTISTE.

L'artiste sauvage trouve dans les hommes de sa tribu l'expression des

trois premières de ces qualités. La croyance publique lui rend le

service de supposer toujours la quatrième, dès qu'elle aperçoit un

signe quelconque de puissance, ordinairement inventé par les prêtres,

par exemple des foudres dans la main de Jupiter, et un aigle à ses

pieds.

La qualité de fort est physique, et ses marques, qui consistent dans

des muscles bien prononcés, dans la grosseur du cou, dans la petitesse

de la tête, etc., ne peuvent jamais disparaître; mais les qualités de

_juste_ et de _bon_ sont des habitudes de l'âme, et la passion renverse

l'habitude.

Les traits d'un vieux cheik de Bédouins, qui, tous les jours, sous la

tente, exerce parmi eux une justice paternelle, auront l'expression de

l'attention profonde et de la bonté, qui sont les marques que l'art est

obligé de prendre pour montrer la justice.

Mais si le vénérable Jacob vient à apercevoir la robe sanglante de

Joseph, ses traits sont bouleversés: on n'y voit plus que la douleur,

l'expression de toutes les qualités de l'âme a disparu.

L'artiste observe avec effroi que l'expression d'une passion un peu

forte détruit sur-le-champ toutes ces marques de la divinité qu'il a eu

tant de peine à voir dans la nature, et à accumuler dans sa statue.

Histoire de la peinture en Italie · 第 187 / 465 题