Il peignit peu pendant ce long séjour. On suit facilement, dans tout le
cours de sa vie, l'effet de sa première éducation chez le Verocchio.
Ainsi que son maître, il dessina plus volontiers qu'il ne peignit. Il
aima, dans le dessin et dans le choix des figures, non pas tant les
contours pleins et convexes à la Rubens, que le gentil et le spirituel,
comme le _Francia_[174]. Des chevaux et des mêlées de soldats se
trouvaient sans cesse sous sa plume. L'anatomie fut l'étude de toute
sa vie. En général, il travailla plus à l'avancement des arts qu'à en
multiplier les modèles.
Son maître avait été un statuaire habile, comme le prouvent le _Saint
Thomas_ de Florence et le _Cheval de saint Paul_ à Venise. A peine
Léonard est-il arrivé à Milan, qu'on le voit faire battre de la terre,
et modeler un cheval de grandeur colossale. On le voit cultiver
assidûment la géométrie, faire exécuter des travaux immenses en
mécanique militaire et en hydraulique. Sous ce ciel brûlant, il fait
parvenir l'eau dans tous les coins des prairies du Milanais. C'est à
lui que nous devons, nous autres voyageurs, ces paysages admirables où
la fertilité et la verdure colossale des premiers plans n'est égalée
que par les formes bizarres des montagnes couvertes de neiges qui
forment, à quelques milles, un horizon à souhait pour le plaisir des
yeux.
Il bannit le gothique des bâtiments; il dirigea une académie de
peinture; mais, au milieu de tant d'affaires, il ne peignit guère que
le _Cénacle_ du couvent des Grâces.
[174] Musée, n° 944.