LÉONARD A MILAN.

Trois écoliers, échauffés par les beaux passages de Tite-Live,

assassinèrent le duc de Milan; il laissa un fils de huit ans sous

la tutelle de son frère le célèbre Louis le Maure. Ce prince

aspirait ouvertement à succéder à son pupille, et finit en effet par

l'empoisonner.

Ludovic voyait la renommée que les Médicis acquéraient dans Florence

en protégeant les arts. Rien ne cache le despotisme comme la gloire.

Il appela tous les hommes célèbres qu'il put avoir. Il les réunissait,

disait-il, pour l'éducation de son neveu. Cet homme se délassait,

par des fêtes continuelles, de la noire politique où il fut toujours

engagé[168]. Il aimait surtout la musique et la lyre, instrument

célèbre chez les anciens, qui n'est autre pourtant que la triste

guitare. On dit que Léonard parut pour la première fois à la cour

de Milan dans une espèce de concours ouvert entre les meilleurs

joueurs de lyre d'Italie. Il se présenta avec une lyre de sa façon,

construite en argent, suivant de nouveaux principes d'acoustique, et à

laquelle il avait donné la forme d'une tête de cheval. Il improvisa en

s'accompagnant, il soutint thèse, il raisonna avec esprit sur toutes

sortes de sujets; il enchanta toute la ville réunie au palais du duc,

qui le retint à son service.

Soutenir thèse dans un salon serait bien ridicule; mais, au quinzième

siècle, on était jeune encore. La cour elle-même, pour un homme

supérieur, avait un charme qu'elle a perdu; elle était la perfection de

la société, elle n'en est plus que la gêne. J'explique ainsi le goût de

l'élégant Léonard pour la société des princes.

A Milan, il fut bien vite l'homme à la mode, l'ordonnateur des fêtes

de Ludovic, et de celles que les seigneurs de la ville rendaient au

souverain, l'ingénieur en chef pour l'irrigation des eaux, le sculpteur

d'une statue équestre que le prince élevait à son père[169], et enfin

le peintre de ses deux maîtresses.

[168] Je remarquai à la chartreuse de Pavie, si célèbre par

ses marbres, un beau tombeau de Galéas Visconti, fondateur du

monastère; au bas est couchée la statue de Ludovic Sforce, dit

le Maure, qui mourut en France au château de Loches. Cet homme

est si fameux dans notre histoire par ses méchancetés, que j'eus

grand empressement à considérer sa physionomie, qui est tout à

fait revenante, et celle du meilleur homme du monde. Que les

physionomistes argumentent là-dessus.

(DE BROSSES, I, 106.)

Ludovic écrivit au pape qu'il avait des remords qui troublaient

ses nuits. Le pape lui accorda une entière absolution, pourvu

qu'il confessât ses péchés à son aumônier, et qu'il fît un don

convenable à l'Église. Il donna la terre de la _Sforzesca_, sur

le Tésin, où j'ai lu cette correspondance autographe.

(Note de sir W. E.)

[169] «Je commençai la statue le 23 avril 1490,» dit Léonard.

Histoire de la peinture en Italie · 第 111 / 465 题