LES ÉPOQUES DE SA VIE.

Il faut qu'il eût trouvé l'art de rendre ses travaux utiles, car son

père n'était pas riche, et l'on voit ce jeune peintre commençant sa

carrière avoir à Florence, cette Londres du moyen âge, des chevaux et

des domestiques, et tenir beaucoup à ce que ses chevaux fussent les

plus vifs et les plus beaux de la ville. Avec eux il faisait les sauts

les plus hardis, à faire frémir les amateurs les plus intrépides: sa

force était telle, qu'il pliait facilement un fer de cheval.

La vie de ce grand homme peut se diviser en quatre époques.

Sa jeunesse, qu'il passa dans Florence; le temps qu'il vécut à Milan, à

la cour de Louis le Maure; les douze ou treize ans qu'il revint passer

en Toscane, ou en voyages, après la chute de Ludovic; et enfin sa

vieillesse et sa mort, à la cour de François Ier.

Son plus ancien ouvrage est peut-être un carton d'_Adam et Ève

cueillant la pomme fatale_, qu'il fit pour le roi de Portugal.

Son père lui demanda de peindre un bouclier pour un paysan de Vinci.

Il fallait y mettre ou la tête de Méduse, ou quelque animal horrible.

Messer Pietro ne songeait plus au bouclier lorsqu'un jour il vint

frapper à la porte de Léonard: celui-ci le prie d'attendre, place le

tableau en bon jour, et le fait entrer. Le père recula d'horreur, crut

voir un serpent véritable, et s'enfuit effrayé.

Tout ce que les couleuvres, les chauves-souris, les gros insectes des

marais, les lézards, ont de plus horrible et de plus dégoûtant était

réuni dans ce monstre; on le voyait sortir des fentes d'un rocher, et

lancer son venin vers le spectateur.

Ce qu'il y a de mieux, c'est que toute cette terreur avait été réunie

par une longue observation de la nature. Messer Pietro embrassa son

fils, et le bouclier fut vendu trois cents ducats au duc de Milan,

Galéas.

Histoire de la peinture en Italie · 第 105 / 465 题