Michel-Ange disait, en comparant deux peintures à la fresque et à
l'huile, que cette dernière n'est qu'un jeu. Ce sont deux talents
divers. La fresque cherche de plus grands résultats en suivant la
nature de moins près.
Le maçon prépare une certaine quantité de plafond; il faut la remplir
en un jour; la chaux boit la couleur; l'on ne peut plus y toucher. Ce
genre n'admet ni retard ni correction. Le peintre est obligé de faire
vite et bien, ce qui partout est le comble de la difficulté[157].
Les églises et les palais de Florence font foi que cette difficulté
a été emportée d'une manière brillante par un grand nombre de ses
peintres.
Quant à ces vastes ouvrages que, dans le dix-septième siècle, et
lorsque l'art avançait déjà vers sa décadence, on appela _quadri di
machina_ (tableaux de machine), on a reproché aux Florentins de ne pas
assez grouper leurs figures, et de mettre trop de personnages. Mais
ces grands tableaux, qui ont fait la gloire de Pierre de Cortone et de
Lanfranc[158], forment un genre inférieur par lui-même. C'est à peu
près comme les beautés de style que l'on peut mettre dans des pièces
officielles. Un bavardage sonore et vague n'y est point déplacé, et la
céleste pureté de Virgile y serait pauvreté.
[157] Exemple à Paris, les plafonds de la galerie des Antiques.
Cette condition est ce qu'il y a de mieux dans la gloire
militaire.
[158] Pierre de Cortone, mort en 1669; Lanfranc en 1647. C'est
comme la musique de Paër.