Pour la gloire du Ghirlandajo, il ne faut pas le confondre avec son
école. Ses frères et ses autres élèves[134] ne le suivirent que de bien
loin, ce qui n'empêche pas beaucoup de galeries de donner sous son nom
des _Saintes Familles_ qui ne sont que leur ouvrage. Rosselli, le plus
médiocre des peintres appelés par Sixte IV, désespérant d'égaler les
beautés de dessin que ses camarades répandaient dans leurs tableaux,
chargea les siens d'ornements dorés et de vives couleurs. Il crut,
comme nos peintres, que de belles couleurs sont un beau coloris. S'il
offensait le bon goût, il plaisait au pape. En conséquence, il eut plus
de louanges et de présents qu'aucun des Florentins. On dit qu'il fut
aidé par Pierre de Cosimo, autre barbouilleur dont le nom a survécu,
parce qu'il est le maître d'André del Sarto.
On cite Pierre et Antoine Pollajuoli, statuaires et peintres. Il
est sûr que l'on doit à ce dernier un des meilleurs tableaux du
quinzième siècle; c'est le _Martyre de saint Sébastien_, dans la
chapelle des marquis Pucci, aux Servites de Florence. La couleur n'est
pas excellente; mais la composition sort de la routine du temps,
et le dessin des parties nues montre qu'Antoine s'était appliqué à
l'anatomie. Il fut peut-être le premier des Italiens qui osa étudier la
forme des muscles, un scalpel à la main.
Luca Signorelli peignit à fresque la cathédrale d'Orvietto. Il suffit à
sa gloire que Michel-Ange n'ait pas dédaigné de prendre le mouvement de
quelques-unes de ses figures. Celles dont il remplit cette cathédrale
sont supérieurement dessinées, pleines de feu, d'expression, de
connaissance de l'anatomie, quoique toujours avec un peu de sécheresse.
Il sentait sa force, et fut avare de draperies. Les dévots murmurèrent,
mais sans succès. L'on serait moins tolérant[135] de nos jours. On peut
voir, en passant à la Sixtine, le _Voyage de Moïse avec Seffora_. Pour
moi, c'est celui de tous ces peintres dont les ouvrages m'arrêtent le
plus.
Il travailla à Volterre, à Urbin, à Florence. Je sais bien qu'il ne
choisit pas ses formes, qu'il ne fond pas ses couleurs; mais cette
_Communion des Apôtres_, à Crotone, sa patrie, pleine d'une grâce,
d'un coloris, d'une beauté qui semblent de l'âge suivant, me confirme
toujours dans mon sentiment.
Barthélemy della Gatta ne peignit rien de son invention à la Sixtine;
il aidait seulement Signorelli et le Pérugin. Mais il eut l'esprit de
faire sa cour au pape, et d'accrocher une bonne abbaye. Devenu riche,
l'abbé de Saint-Clément d'Arezzo cultivait à la fois l'architecture,
la musique et la peinture. Je fus présent, en 1794, au transport de
son _Saint Jérôme_, le seul tableau qui reste de lui, et qui, peint à
fresque dans une des chapelles du dôme, fut transporté avec le crépi de
la muraille dans la sacristie. Une des curiosités de la bibliothèque de
Saint-Marc, à Venise, c'est un volume de miniatures charmantes, ouvrage
d'Attavante, élève de l'abbé de Saint-Clément[136].
[134] Voici les noms de ces élèves: David et Benedetto, ses
frères; le dernier peignit beaucoup en France; Mainardi,
Baldinelli, Cicco, Jacopo del Tedesco, les deux Indachi.
[135] Voyez les ordonnances de Léopold, ce prince libertin,
contre la pauvre _Commedia dell' arte_. Les convenances rendent
tartufe; mais les sots sont punis par l'ennui, qui ne quitte plus
la cour. (Note de sir W. E.)
[136] L'Abbé donna des leçons à Pecori et à Luppoli,
gentilshommes d'Arezzo. Le premier a des figures qu'on dirait du
Francia. Girolamo et Lancilao firent la miniature presque aussi
bien que l'aimable Attavante. Lucques réclame une ligne pour deux
de ses peintres, Zacchia il Vecchio, et Zacchia il Giovane. Je
parlerai, à l'article du Pérugin, de plusieurs élèves qu'il donna
à la Toscane pendant le séjour qu'il y fit. Voici leurs noms:
Rocco, Ubertini son frère, le Bacchiaca, duquel le joli _Martyre
de saint Arcadius_, à Saint-Laurent; Soggi, qui eut beaucoup
de science et peu de génie, ainsi que Gérino, Montevarchi et
Bastiano da San-Gallo, et enfin ce Ghiberti qui, tandis que
les Médicis, qui se croyaient souverains légitimes, prenaient
Florence à coups de canon, manqua de respect au point de
peindre à la potence le pape Clément VII. Les nobles écrivains,
toujours fidèles au pouvoir, n'ont pas manqué de honnir le
pauvre Ghiberti, et de louer dans la même page Clément VII, qui,
Florence pris, n'exécuta aucun des articles de la capitulation.