André del Castagno, nom infâme dans l'histoire, fut aussi un des bons
imitateurs de Masaccio (1456). Il sut poser ses figures avec justesse,
leur donner du relief, les revêtir de draperies assez nobles; mais
la grâce naïve de son modèle et le brillant de ses couleurs furent à
jamais au-dessus de son talent.
Vers l'an 1410, Jean Van Eyck, plus connu sous le nom de Jean de
Bruges[124], avait trouvé l'art de peindre à l'huile, et, à l'époque où
vécut Castagno, non-seulement le bruit de cette découverte, mais encore
quelques essais de peinture à l'huile, commençaient à se répandre en
Italie. Les peintres admiraient l'éclat que cette méthode inconnue
donnait aux couleurs, la facilité de les fondre, l'avantage d'atteindre
aux nuances les plus fines, l'harmonie suave que l'on pouvait mettre
dans les tableaux. Un Antonello de Messine, qui avait étudié à Rome,
se dévoua, et partit pour la Flandre dans le dessein d'en rapporter ce
grand secret. Il l'obtint, dit-on, de l'inventeur lui-même. De retour à
Venise, il le communiqua à un peintre son ami, nommé Dominique.
En 1454, ce Dominique, grâce à son secret, était fort recherché à
Venise. Il travailla beaucoup dans les États du pape, et enfin à
Florence, où son mauvais génie le fit venir; il y excita l'admiration
générale et la haine de Castagno, qui y brillait avant lui. André
employa toutes les caresses possibles pour gagner l'amitié de
Dominique, obtint son secret, et le fit poignarder. Le malheureux
Dominique, en expirant, recommandait de le porter chez son ami
Castagno, que les soupçons n'atteignirent jamais, et dont le crime
serait encore inconnu si, arrivé au lit de la mort, il ne l'eût
avoué[125]. La correction parfaite de son dessin, ses connaissances en
perspective, la vivacité d'action qu'il donne à ses personnages, l'ont
placé parmi les bons peintres de cette époque. L'art des raccourcis lui
doit quelques progrès.
[124] Jean Van Eyck, né en 1366, mort en 1441. L'ancien Musée
Napoléon avait de lui quelques tableaux brillants de couleurs
très-vives, n° 299 à 304.
[125] Il ignorait peut-être qu'Antonello avait aussi donné son
secret à Pino de Messine, et qu'un élève de Van Eyck, Roger de
Bruges, était venu travailler à Venise.