Après la mort de Masaccio, deux religieux se distinguèrent (1445).
Le premier est un dominicain, nommé Angelico. Il avait commencé par
des miniatures pour les manuscrits; je ne vois pas qu'il ait suivi
le grand homme. Il y a toujours dans ses tableaux de chevalet, assez
communs à Florence, quelque reste du vieux style de Giotto, soit
dans la pose des figures, soit dans les draperies, dont les plis
roides et étroits ressemblent à une réunion de petits tuyaux. Comme
les peintres en miniature, il met un soin extrême à représenter avec
la dernière exactitude des choses peu dignes de tant de travail, et
cela jette du froid. Ce qui a fait un nom à ce moine, c'est la beauté
rare qu'il sut donner à ses saints et à ses anges. Il faut voir à
la galerie de Florence la _Naissance de saint Jean_, et à l'église
de Sainte-Marie-Madeleine son tableau du _Paradis_. Angelico fut le
Guido Reni de son siècle. Il eut de ce grand peintre même la suavité
des couleurs, qu'il parvint à fondre très-bien, quoique peignant en
détrempe: aussi fut-il appelé au dôme d'Orvietto et au Vatican.
Pour Gozzoli, élève d'Angelico, il eut le bon esprit d'imiter Masaccio.
On peut même dire qu'il le surpassa dans quelques détails, comme la
majesté des édifices qu'il plaçait dans ses tableaux, l'aménité des
paysages, et surtout par l'originalité de ses idées vraiment gaies et
pittoresques. Les voyageurs vont voir à la maison Riccardi, l'ancien
palais des Médicis, une chapelle de Gozzoli fort bien conservée. Il y
mit une profusion d'or rare dans les fresques, et une imitation naïve
et vive de la nature, qui le rend précieux aujourd'hui: ce sont les
vêtements, les harnachements des chevaux, les meubles, et jusqu'à la
manière de se mouvoir et de regarder des figures de ce temps-là. Tout
est rendu avec une vérité qui frappe.
Les ouvrages les plus renommés de Gozzoli sont au Campo-Santo de
Pise, dont il peignit tout un côté; travail effrayant dont les Pisans
le récompensèrent en lui faisant élever un tombeau près de ses
chefs-d'œuvre (1478). L'_Ivresse de Noé_ et la _Tour de Babel_ sont les
sujets qui m'ont le plus arrêté. Je croirais que leur auteur peut être
placé immédiatement après Masaccio, tant la variété des physionomies et
des attitudes, la beauté d'un coloris brillant, harmonieux, enrichi du
plus bel outremer, rendent bien la nature. Il y a même de l'expression,
surtout dans ce qu'il a fait lui-même; car il se fit aider par quelque
peintre sec, auquel j'attribue des figures d'enfants bien dignes du
quatorzième siècle[122].
[122] Ce Campo-Santo est le grand magasin des érudits de la
peinture, comme, à Bologne, l'abbaye de Saint-Michel in Bosco. Il
nous aurait valu de bien plus belles phrases, si malheureusement
il n'avait pas été restauré au dix-huitième siècle, et assez
bien. On y trouve les Giotto, Memmi, Stefano Fiorentino,
Buffalmacco, Antonio Veneziano, Orcagna, Spinello Laurenti.