A la voix du public, qui demandait des statues, on vit paraître
aussitôt, et presque en même temps, les Donatello, les Brunelleschi,
les Ghiberti, les Filarete, les Rossellini, les Pollajuoli, les
Verrochio. Leurs ouvrages, en marbre, en bronze, en argent, élevés de
toutes parts dans Florence, semblèrent quelquefois, aux yeux charmés
de leurs concitoyens, atteindre la perfection de l'art, et égaler
l'antique. Remarquez qu'on n'avait encore découvert aucune des statues
classiques. Ces sculpteurs célèbres, pénétrés pour leur art d'un amour
passionné, formaient la jeunesse au dessin par des principes puisés
de si près dans la nature, que leurs élèves se trouvaient en état de
l'imiter presque avec une égale facilité, soit qu'ils employassent
le marbre ou les couleurs. La plupart étaient encore architectes, et
réunissaient ainsi les trois arts faits pour charmer les yeux.
Où ne fussent pas allés les Florentins avec une telle ardeur et tant
de génie naturel, si l'_Apollon_ leur eût été connu, et s'ils eussent
trouvé dans Aristote, ou dans tel autre auteur vénéré, que c'était là
le seul modèle à suivre? Qu'a-t-il manqué à un Benvenuto Cellini? qu'un
mot pour lui montrer la perfection, et une société plus avancée pour
sentir cette perfection.
Je remarque que les Florentins surent toujours écouter la raison. Ils
voulaient jeter en bronze les portes du baptistère. La voix publique
nommait Ghiberti. Ils n'en indiquèrent pas moins un concours. Les
rivaux de Ghiberti furent Donatello et Brunelleschi. Quels rivaux!
les juges ne pouvaient faillir; mais on leur épargna le soin de
juger. Brunelleschi et Donatello, ayant vu l'essai de Ghiberti, lui
décernèrent le prix.