Pour être juste envers cet homme rare, il faut regarder ses
prédécesseurs. Ses défauts sautent aux yeux; son dessin est sec; il a
soin de cacher toujours sous de longues draperies les extrémités de
ses figures, et il a raison, car il s'en tire fort mal. Au total, ses
tableaux ont l'air barbare.
Il n'est pas un de nos peintres qui ne se sente une immense supériorité
sur le pauvre Giotto. Mais ne pourrait-il pas leur dire:
Sans moi, qui suis si peu, vous seriez moins encore.
(BOURSAULT.)
Il est sûr que, quand un bourgeois de Paris prend un fiacre pour aller
au spectacle, il est plus magnifique que les plus grands seigneurs de
la cour de François Ier. Ceux-ci, par les pluies battantes de l'hiver,
allaient à la cour à cheval, avec leurs femmes en croupe, au travers
des rues non pavées, qui avaient un pied de boue et pas de réverbères.
Faut-il conclure que le connétable de Montmorency ou l'amiral Bonnivet
étaient des gens moins considérables dans l'État que le petit marchand
de la rue Saint-Denis?
Je conçois bien que l'on n'ait pas de plaisir à voir les œuvres de
Giotto. Si l'on dit: «Que cela est laid!» on peut avoir raison; mais si
l'on ajoute: «Quel peintre pitoyable!» on manque de lumières.