GIOTTO.

Cimabue avait rendu assez heureusement le _fier_ et le _terrible_.

Giotto, son élève, fut destiné par la nature à être le peintre des

grâces; et si Cimabue est le Michel-Ange de cette époque, Giotto en est

le Raphaël. Il naquit à la campagne, non loin de Florence; il était

simple berger. Tandis qu'il gardait son troupeau, Cimabue l'observa qui

dessinait une de ses brebis avec une pierre coupante sur une ardoise.

Charmé de ce dessin, il le demanda sur-le-champ à son père, et l'emmena

à Florence, se flattant de donner à la peinture un véritable artiste.

D'abord le berger imita son maître, qu'il devait bientôt surpasser.

Les pères de l'Abbaye ont une Annonciation qui est de ses premiers

ouvrages. Son génie perce déjà; le style est encore sec, mais on trouve

une grâce toute nouvelle.

Il fut aussi sculpteur; vous savez quels avantages se prêtent ces

deux arts si voisins, et combien ils agrandissent le style de qui les

possède à la fois.

Il y avait des marbres antiques à Florence, ceux de la cathédrale. Ils

étaient connus par le cas qu'en avaient fait Nicolas et Jean Pisano;

et il n'est guère probable que Giotto, à qui la nature avait donné un

sentiment si vif pour le beau, ait pu les négliger. Quand on voit dans

ses tableaux certaines têtes d'hommes dans la force de l'âge, certaines

formes vigoureuses et carrées, si différentes des figures grêles et

allongées des peintres ses contemporains, certaines attitudes qui, sur

l'exemple des anciens, respirent une noble tranquillité et une retenue

imposante, on a peine à croire qu'il n'ait pas su voir l'antique. Où

aurait-il pris cette manière de couper ses draperies par des plis

rares, naturels, majestueux? Ses défauts même décèlent la source de son

talent. L'école de Bologne a dit de ses figures qu'elles ne sont que

des statues copiées. Ce reproche, qui fixe dans la médiocrité toute une

grande école moderne, était alors le plus flatteur des éloges.

Histoire de la peinture en Italie · 第 37 / 465 题