Vers l'an 828, les Vénitiens, fiers de posséder les reliques de saint
Marc, qu'ils avaient enlevées à l'Égypte, voulurent élever sous son nom
une église magnifique. Elle brûla en 970, fut rebâtie, et enfin ornée
de mosaïques vers 1071[62]. Ces mosaïques furent exécutées par des
Grecs de Constantinople.
Ces peintres, dont les ouvrages exécrables vivent encore, servirent
de modèles aux ouvriers italiens qui faisaient des madones pour
les fidèles, qui les faisaient toutes sur le même patron, et ne
représentaient la nature que pour la défigurer. On peut, si l'on veut,
dater de cette époque la renaissance de la peinture; mais l'art ne
s'éleva pas au-dessus d'un simple mécanisme[63].
[61] Jean de Salisbury, Léon d'Orvietto, Saint-Antonin, Louis II,
roi de France; _Lettres_ de saint Grégoire lui-même _sur Job_.
[62] On lit dans l'intérieur de ce monument singulier:
Historiis, auro, forma, specie tabularum,
Hoc templum Marci fore dic decus ecclesiarum.
La beauté des caractères place cette inscription au onzième
siècle.
[63] Le soleil de la civilisation brillait alors à Bagdad, à la
cour de calife Moctadar. Lorsqu'il reçut, en 917, une ambassade
de Constantinople, on vit s'élever au milieu d'un de ces salons
resplendissants de pierreries dont les contes arabes nous ont
conservé l'image, un arbre d'or et d'argent. Après avoir laissé
le temps d'admirer le naturel de son feuillage, il s'ouvrit
de lui-même pour se diviser en douze rameaux. A l'instant,
des oiseaux de toutes les sortes allèrent se percher sur ses
branches; ils étaient d'or ou d'argent, selon la couleur de leur
plumage, avec des yeux de diamants; et chacun faisait entendre le
chant qui lui est propre.