Les dévots de l’utile n’ont d’autre moralité que celle de l’intérêt, et
d’autre religion que celle du bien matériel. Ils ont trouvé le corps
humain mutilé et épuisé par la misère: dès lors, dans leur zèle
inconsidéré, ils se dirent: «Guérissons ce corps; quand il sera bien
portant, gras, gavé, l’âme reviendra y habiter.» Je dis, moi, qu’on ne
saurait guérir ce corps qu’après avoir guéri l’âme. L’origine du mal est
en elle, tandis que les maux corporels ne sont que les manifestations
extérieures de ce mal. L’humanité meurt, de nos jours, de l’absence
d’une foi commune, d’une idée commune, unissant la terre au ciel,
l’univers à Dieu. L’absence de cette religion spirituelle, dont n’ont
survécu que les formes creuses et les formules inertes; l’absence
complète du sentiment du devoir, de l’aptitude de se sacrifier, ont fait
que l’homme est tombé dans la sauvagerie et a dressé sur un autel vide
l’idole de l’utilité. Les despotes et les princes de ce monde sont
devenus ses pontifes. Ce sont eux qui ont donné l’odieuse formule de la
morale utilitaire proclamant: «Chacun pour les siens, chacun pour soi.»
Joseph MAZZINI.
Et voyant la multitude du peuple, Il fut ému de compassion envers eux de
ce qu’ils étaient dispersés et errants, comme des brebis qui n’ont pas
de berger.