Il reprit: «... Et comme mœurs?...» Je n'osai pas répondre. Je fis
seulement un signe de tête qui voulait dire: non. Puis, tout à coup,
je compris qu'il avait un horrible soupçon, et je m'écriai, perdant
l'esprit: «Oh! monsieur... c'est pour mon mari... qui me trompe... qui
me trompe en ville... et je veux... je veux qu'il me trompe chez moi...
vous comprenez... pour le surprendre...»
Alors, l'homme se mit à rire. Et je compris à son regard qu'il m'avait
rendu son estime. Il me trouvait même très forte. J'aurais bien parié
qu'à ce moment-là il avait envie de me serrer la main.
Il me dit: «Dans huit jours, madame, j'aurai votre affaire. Et nous
changerons de sujet s'il le faut. Je réponds du succès. Vous ne me
payerez qu'après réussite. Ainsi cette photographie représente la
maîtresse de monsieur votre mari?--Oui, monsieur.--Une belle personne,
une fausse maigre. Et quel parfum?--Je ne comprenais pas; je répétai:
«Comment, quel parfum?» Il sourit. «Oui, madame, le parfum est
essentiel pour séduire un homme; car cela lui donne des ressouvenirs
inconscients qui le disposent à l'action; le parfum établit des
confusions obscures dans son esprit, le trouble et l'énerve en lui
rappelant ses plaisirs. Il faudrait tâcher de savoir aussi ce que
monsieur votre mari a l'habitude de manger quand il dîne avec cette
dame. Vous pourriez lui servir les mêmes plats le soir où vous le
pincerez. Oh! nous le tenons, madame, nous le tenons.»
Je m'en allai enchantée. J'étais tombée là vraiment sur un homme très
intelligent.