A LA ROYNE.

Madame, estimant qu'il n'y a poinct de mal que ceulx cy soyent détenus

en quelque suspens de ne pouvoir, du premier coup, descouvrir le fonds

de l'intention de Voz Majestez Très Chrestiennes touchant le propos

qu'ilz m'ont naguyères renouvellé, je leur allègue tousjours quelque

occasion du juste retardement de vostre responce; qui seray bien ayse

que je ne soys pressé de ne leur en dire rien davantage jusques à ce

que Voz Majestez m'ayent ung peu plus expressément respondu aux

particullaritez que je leur en ay depuis escripte, du XIIIe du passé,

et mesmement sur ce que le comte de Lestre m'a fort considérément dict

que, s'il venoit aulcune bonne response de dellà pour le dict propos,

il n'estoit pas hors d'espérance qu'il ne fût celluy qui iroyt

apporter la jarretyère au Roy, vostre filz. Et cependant je ne veulx

obmettre, Madame, de très humblement vous remercyer pour la tant

expresse déclaration, qu'il vous a pleu me fère, du contantement que

Voz Majestez ont de mon service, et de l'assurance que me donnez de la

venue de mon successeur, et de me fère avoyr quelque récompense: qui

sont troys choses que Vostre Majesté adaptera à la nécessité d'ung

gentilhomme qui en a plus de besoing que nul aultre qu'ayez jamays

employé au service du Roy ny au vostre, et qui, sans me confier par

trop de mes mérites passez, desire encores de le mériter davantage par

nouveaulx services que j'essayeray de vous fère à toutz deux, les

meilleurs et avec le plus de soing et de dilligence que mon aage et ma

santé le pourront porter, et tousjours avec une singullière fidellité:

et par exprès, Madame, j'auray à jamays, pour l'effet que me ferez

sentir de ces troys choses que j'ay dict cy dessus, une immortelle

obligation à Vostre Majesté. Et sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 254 / 273 题