Sire, le XXe de ce moys, le juge de l'admiraulté de ceste ville m'est
venu communicquer une lettre, que la Royne, sa Mestresse, luy a
escripte, par laquelle elle luy mande de me signiffier l'extrême
plaincte que aulcuns de ses marchands luy ont faicte contre ceulx de
St Malo, qui les ont assaillys en mer, et les ayant combattus, blessez
et meurtris, les ont admenez, eulx, leurs vaysseaulx et marchandises,
à St Malo, où ne leur a esté uzé d'aulcuns termes de rayson, ny de
justice, ains procédé contre eulx comme contre ennemys, prins de bonne
guerre. De quoy la dicte Dame se sent très griefvement offancée, ou
bien de Vous, Sire, qui n'avez faict sçavoyr à voz subjectz la
confédération qu'aviez avec elle, ou bien d'eulx qui, la sachant, ne
la veulent observer; et que j'aye à remonstrer à Vostre Majesté que
cella, après plusieurs aultres injures, ne peut demeurer sans
réparation, et qu'il est expédient ou que Vostre Majesté la luy face
fère par ceulx de St Malo, ou que ne trouve maulvais qu'elle la
preigne, le mieulx qu'elle pourra, sur eulx.
J'ay respondu au dict juge que j'estoys marry, et sçavoys que Vostre
Majesté le seroit bien fort de quoy cest accidant estoit advenu, et
qu'il ne failloit que sa Mestresse se mît en peyne de la réparation,
car vous la luy feriez fère sans doubte, si ceulx de St Malo se
trouvoyent en coulpe, car leur aviez bien permis d'armer contre ceulx
de la Rochelle, affin d'assurer la navigation, et mesmes de se
revancher d'aulcunes prinses et violences qu'ilz leur avoyent faictes,
sellon que, de longtemps, j'avoys communicqué une lettre de Mr de
Bouyllé là dessus à la dicte Dame, mais non de passer plus avant; en
quoy, s'ilz avoyent excédé la permission contre quiconques eût paix et
amityé avecques vous, non que contre les Angloix, qui, oultre d'estre
amys, estoyent voz confédérez, que vous les en chastîriez bien; et que
desjà, ayant eu le vent de ceste plaincte, je vous en avoys escript,
et vous en escriproys, de rechef, sur la remonstrance de la Royne, sa
Mestresse, avec le plus d'efficasse que je pourroys, pour fère avoyr
rayson et restitution aulx dictz Angloix.
Le dict juge, se contantant assez de ma responce, m'a incontinant
introduyt iceulx marchandz, et les patrons des navyres qui, avec
beaucoup d'exclamations, m'ont bayllé leurs plainctes par escript. Et,
le jour d'après, j'ay receu la dépesche de Vostre Majesté du Xe du
présent, contenant une aultre plaincte d'ung navyre françoys qui
venoit de Naples, lequel les Angloix ont prins, et l'ont mené en
Irlande; dont je n'en agraveray moins à la dicte Dame le cas pour voz
subjectz qu'elle a faict à vous celluy des siens; et me comporteray
vers elle en toutz les aultres poinctz de la dépesche, sellon que
Vostre Majesté me le commande;
Ayant à vous dire, Sire, que, sur ce que j'avoys adverty voz
partisans, en Escosse, de l'allée de Me Quillegreu par dellà, et
qu'ilz l'observassent de bien près, car je sçavoys qu'on avoit envoyé
dix mille escuz devant luy, à Barwyc, pour quelque entreprinse, il est
advenu que le dict Quillegreu a temporisé, quelques jours, au dict
Barwic; et ayant là receu les deniers, il a dépesché ung de ses gens
en Escosse. Et incontinent le filz du comte de Béfort, avec d'aultres
gentilshommes angloiz, est entré, comme par manière d'esbat, oultre
les frontyères, dans le pays; et a l'on opinyon que c'estoit pour
avoyr la personne du jeune Prince; mais j'entendz que quelques
Escossoys luy ont couru sus, et à sa compagnye, et qu'ilz l'ont
blessé, et mené prisonnyer. De quoy je ne sçay qui en adviendra, et
mettray peyne de sçavoyr mieulx ce qui en est, affin de le vous
mander; mais je vis ordinayrement en grand peyne des choses de dellà,
parce qu'il n'y a nul, de vostre part, sur les lieux pour les
conduyre, et je ne les puis bien remédyer d'icy en hors. Et sur ce,
etc.
Ce XXIVe jour de juillet 1575.