Sire, ceste princesse s'est trouvée si consolée des propos qu'il vous
a pleu luy mander du Fitz Maurice, et d'autres que je luy ay tenus de
vostre droicte intention vers le repoz de ses affères, que, depuis,
elle a changé d'aulcunes dellibérations, à quoy sembloit qu'on l'eût
desjà comme toute acheminée: de permettre à plusieurs gentilshommes
angloix de sortyr en ceste mer estroicte, avec leurs vaysseaulx
armez, pour maistriser la navigation, et se revencher des prinses que
les Françoys leur ont faictes, et, oultre cella, d'arrester les
navyres et biens des Françoys ez portz et endroictz où il s'en
pourroit trouver par deçà, y ayant encores là dessoubs d'aultres
choses cachées, aulxquelles quelques ungs de ceste court vouloient,
peu à peu, embarquer leur Mestresse, sans qu'elle en sentît quasy
rien, pour vous remuer de la besoigne en France et en Escosse, en
faveur des eslevez, si, d'avanture, ilz eussent esté creus; et
sembloit qu'à cause de cella ilz la fissent temporiser ez envyrons de
ceste ville, sans advancer son progrès, affin de donner chaleur à
l'entreprinse; mais elle a mandé que nul vaysseau ayt à sortyr, sans
donner caution de douze mille cinq centz escuz qu'il n'atemptera rien
contre les amyz et alliez de ceste couronne, et que, s'il y a quelques
navyres desjà prests, qu'ilz les envoyent en marchandise affin de ne
perdre leur affret; et que le marchand d'Ampthonne aille recepvoyr le
payement que Vostre Majesté luy a ordonné sans procéder, icy, à nul
arrest: qui sont deux choses qui ont esté incontinent exécutées.
Et la dicte Dame a continué son progrès, faisant encores temporiser Me
Henry Cobham sur la dépesche d'Espagne, bien qu'il faict tousjours
achemyner ses besoignes à Plemmue, pour s'y aller embarquer; car
dellibère de fère son voïage par mer, et croy qu'on luy fera encores
attandre la prochayne responce qui doibt venir de dellà, pendant
laquelle le docteur fescal de Bruxelles s'est allé promener vers la
contrée, parce que toute sa négociation demeure en suspens.
Et sont, à présent, toutes choses, icy, si paysibles qu'il n'y
apparoit mouvement ny nouveaulté aulcune, que ce que les nouvelles de
dellà la mer y apportent, qui semble que l'ambassadeur d'Angleterre y
ayt escript que Mourevert a failly de tuer le Prince de Condé d'ung
coup d'arquebouze et qu'il a esté prins; que Vostre Majesté dresse
deux grandes armées par terre, et une troysiesme par mer; que, en ung
rencontre en Daufiné Montbrun a eu du meilleur contre M. de Gorden; et
que, le Ve du présent, il a cuydé avoyr ung gros tumulte à Paris
contre les Italiens. Je ne sçay que pourra cella, ny les aultres
particullaritez qu'il peut avoyr escriptes davantage, produyre de
changement en ceste court; tant y a que j'espère qu'à l'arryvée de mon
successeur, lequel j'attendz en très grande dévotion, nous
retrouverons la dicte Dame, en quelle part qu'elle soit, tousjours
bien persévérante vers Vostre Majesté, sans qu'elle se laysse attirer
contre voz affères qu'aultant qu'elle ne le pourra dénier à sa
religyon.
Elle est sur le poinct d'envoyer visiter, par ung de ses
gentilshommes, la Royne d'Escosse, avec ung présent, de sa part, et
luy fère parler de vouloyr elle mesmes fère la despence de sa table,
et de ses serviteurs domesticques, du douayre qu'elle a de France. Je
ne sçay comme elles s'en accorderont; néantmoins j'ay grand plésir de
les voyr mieulx racoinctées qu'elles n'estoyent.
Je n'ay nulle nouvelle d'Escosse, depuis le partement de Me
Quillegreu, mais j'attandz de brief, le retour d'ung homme qui me
doibt apporter toutes nouvelles de dellà, et je ne fauldray tout
incontinent de les vous mander. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de
juillet 1575.