AU ROY.

Sire, premier que de recepvoyr vostre lettre, du XXIe du passé,

j'avoys visité milord trézorier pour retirer de luy aulcuns

accomplissementz qui restoient du traicté de la ligue, affin que je

les vous peusse envoyer, comme depuis je l'ay faict. Et, par mesme

moyen, j'estois entré bien avant avecques luy sur le peu d'observance,

qu'on faysoit icy, du dict traicté, luy déclarant ouvertement que

Vostre Majesté, par divers rencontres, trouvoit que la Royne, sa

Mestresse, en lieu de se trouver amye et bonne confédérée en voz

affères, portoit entièrement le party de ceulx qui estoient eslevez en

vostre royaulme, comme si elle avoit ligue et confédération avec eulx;

et que non seulement elle les admettoit favorablement à parler, icy, à

elle, et à ceulx de son conseil, et de s'accomoder de deniers, de

monitions et de beaucoup de moyens en son royaulme, mais que, jusques

en Languedoc, à la Rochelle et aultres lieux, où la guerre se faysoit,

et jusques à Basle, où le Prince de Condé estoit, et en Allemaigne, où

il pourchassoit des forces, elle leur faisoit sentir son support et

assistance; et que mesmes j'entendoys que Mr de Méru emportoit de

l'argent, ou du crédict, d'icy, pour fère marcher les reytres en

France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le Prince de Condé: ce

qui arguoit grandement l'intégrité d'elle et des seigneurs de son

conseil, et la rendoit et eulx inexcusables, devant Dieu et vers les

princes et gens de bien de la Chrestienté, pour sa foy et sèrement

violez; et mesmes qu'elle sçavoit bien que les responces qu'aviez

faites à voz subjectz, pour l'exercice de leur religyon, et pour leurs

seuretés, et pour tout aultre leur accomodement en vostre royaulme,

estoient si bénignes et amples, que je ne pouvois penser à quel aultre

tiltre, sinon de pure rébellion et infidellité, ilz vous pourroient

plus continuer la guerre; et que si, d'avanture, elle n'estimoit

beaucoup plus d'avoir une honneste et légitime confédération avec

vous, que non une intelligence malhonneste et de pernicieulx exemple

avec eulx, qu'elle le dict ardiment; car il vous seroit moins

dommageable de l'avoyr ouverte que non pas secrette ennemye, ou que

dissimulée amye.

Il m'a respondu que plusieurs choses du passé debvoient rendre bien

advertye la Royne, sa Mestresse, comme se conduyre sur celles du

présent, et comme pourvoyr à celles d'advenir, et que jamays princesse

ne s'estoit plus franchement commise à l'amityé de nul prince qu'elle

avoit faict à celle du feu Roy, vostre frère; duquel elle s'estoit

proposée une très grande seureté et un grand repos, soubz la bonne

opinyon qu'elle avoit de sa foy, et soubz la loyaulté qu'elle pensoit

estre ez promesses qu'il avoit faictes à ceulx de la nouvelle

religyon, avec lesquelz elle avoit sa propre tranquillité et celle de

son estat comme conjoinctes; et Dieu estoit tesmoing de ce qui estoit

depuis advenu, et en monstroit de grands jugementz, dont failloit

qu'ilz fussent, à ceste heure, bien soigneulx de fère leurs

descouvertes; et que, touchant les responces à voz subjectz, il ne

les vouloit débatre, car estimoit que les leur aviez rendues toutes

honnorables; bien luy sembloit, à cause des accidantz passez, qu'elles

seroient encores plus honnorables et plus utilles, si elles estoient

moindres en concession des choses particullières, et plus amples en

octroy des seuretez; néantmoins, comment que ce fût, la Royne, sa

Mestresse, vous garderoit invyolablement l'amityé et confédération

qu'elle vous avoit promise, si vous ne la rompiez de vostre costé;

auquel cas Dieu luy avoit donné et luy donroit les moyens et forces

pour se garder d'estre offancée, et mesme pour fère offance à ceulx

qui la voudroient offancer; mais que vous ne debviez légièrement

croyre les advis et maulvais rapportz qu'on vous feroit d'elle: car,

parce que voz subjectz, qui estoient en armes, sçavoient qu'elle

estoit de leur religyon, ilz se proposoyent plusieurs grands

advantages d'elle, et se vantoyent d'avoyr souvant impétré beaucoup de

ce qu'ilz n'avoyent rien, affin de tenir leurs affères en réputation,

et tirer, par ce moyen, les plus seures et meilleures condicions de

paix, qu'ils pourroyent, de Vostre Majesté; et qu'il ne pouvoit, ny

debvoit me réveller les secrettes dellibérations de sa Mestresse, mais

qu'il me promettoit bien qu'elle ne feroit, ny estoit pour fère chose

aulcune contre l'honneur et la grandeur, ny au préjudice de Vostre

Majesté. Et s'est mis là dessus à discourir de plusieurs choses, et

comme il sembloit que vous en eussiez aulcunes, lesquelles ne vous

touchoient guyères en plus de considération que celle de vostre propre

bien et prouffit, et que, par nécessité, il failloit ou que prinsiez

bien le poinct de ce temps, qui se offroit maintenant, et la présente

occasion pour establir ung ordre et ung règlement en voz affères, et

pour recueillyr toutz voz subjectz et esteindre leurs partialitez et

querelles, ou que fissiez estat de voyr vostre règne augmanter, de

jour en jour, en plus de troubles et de dangers, et Vostre Majesté

moins jouyssante, toute sa vye, de l'amplitude de son royaulme que nul

de ses prédécesseurs.

A quoy je luy ay satisfaict, sellon ce que j'ay estimé convenir à

vostre réputation et grandeur, et la bonne intention qu'avez vers voz

subjectz, le mieulx qu'il m'a esté possible. Et par ce, Sire, que,

dans ung jour ou deux, j'espère aller trouver ceste princesse pour

noter davantage comme elle persévère vers Vostre Majesté, et pour luy

toucher, avec le plus de discrétion que je pourray, les poinctz de voz

deux dépesches du XIIe et XXIIe du passé, et aussy pour continuer vers

elle une gracieuse négociation que je luy ay commancée pour la Royne

d'Escosse, qui sont desjà aulcunement racoinctées ensemble, je

remettray à vous mander, lors, tout ce que j'auray recueilly de ses

propos.

Et adjouxteray seulement icy, Sire, que le bruict continue de la mort

du comte de Morthon, et que c'est milord de Lentzay, prévost de

Lillebourg, qui, avec la commune de la ville, offancée de l'oppression

des impostz, luy a couru sus. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juillet

1575.

Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr bien seurement que

la commune de Lislebourg s'est véritablement eslevée contre le

comte de Morthon à cause de la monoye, mais qu'il s'est saulvé

dans le chasteau; et que ceste princesse, dans ung jour ou

deux, faict acheminer Me Quillegreu par dellà. Je desireroys,

de bon cueur, qu'il y eût quelqu'ung par dellà, de la part de

Vostre Majesté.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 243 / 273 题