AU ROY.

Sire, l'on a parlé icy diversement de la qualité et de l'effect de

vostre maladye, et je loue Dieu, de bon cueur, et le remercye, bien

dévotement, qu'il vous en a bientost relevé, et qu'il n'a permis

qu'elle ayt esté si violente ni sy dangereuse comme on le disoit. Je

fay présentement ung mot de vostre parfaicte guérison à la Royne

d'Angleterre, attandant que, sur l'occasion de quelque aultre vostre

dépesche, je l'aille trouver pour m'en conjouyr davantage et plus

expressément avec elle.

La mort de Mr de Dampville[4] estoit desjà publiée, icy, sur ung

advertissement de l'ambassadeur d'Angleterre, premier que j'ay receu

celluy de Vostre Majesté, et n'a esté petite l'émotion qu'on s'est

donnée de cella, creignantz les ungs que le party duquel il estoit se

doibve trouver, à présent, beaucoup affoybly et débilité par son

manquement, et les aultres estiment que, de ce qu'il s'estoit joinct à

la cause de la nouvelle relligyon, elle en estoit devenue plus foible,

et en recepvoit quelque deffaveur vers aulcuns princes protestantz.

Comment que ce soit, s'il estoit occasion que ne peussiez donner la

paix à voz subjectz ny la recepvoyr d'eux, Dieu, de qui les jugementz

sont toujours très justes et sainctz, la luy vueille octroyer bonne

par dellà.

[4] Cette nouvelle était fausse. Henri, maréchal de Danville,

frère puîné du duc de Montmorenci, est mort à Agde, le 1er avril

1614, âgé de soixante-dix ans.

Mr de Méru est desjà embarqué pour passer en Hemden ou bien en

Hanbourg, affin d'aller trouver le Prince de Condé à Basle. J'entendz

que ceste princesse, quand il a prins congé d'elle, luy a faict

présant d'envyron troys mille escus; et m'a l'on dict que Wilx va

avecques luy, dépesché par aulcuns particulliers de ce royaulme, avec

VII mille V{c} {#} d'esterling, qui sont vingt cinq mille escus, avec

quelque chayne d'assés grand pris pour fère présent par dellà: dont

quelqu'ung a comprins, de certain propos que le dict Sr de Méru a eu à

tenir, que ce seroit pour fère marcher bientost deux milles reytres et

quatre mille lansequenetz en France. Néantmoins il a faict

démonstration, en mon endroict, à son partement, qu'il avoit desir et

espérance de la paix; et a dict que, si son frère de Dampville estoit

mort, ce qu'il ne vouloit encores croyre, la plus grande perte en

seroit à Vostre Majesté, d'autant qu'il luy avoit naguyères escript

qu'il ne se trouvoit tant en peyne de combatre contre ceulx contre qui

il s'estoit mis, que de vaincre ceulx, avec qui il estoit, pour les

retenir en vostre dévotion.

Je rencontre, par toutz mes advis, qu'il n'a poinct obtenu aulcune

aultre provision de deniers, ny promesse d'hommes, ny de vaysseaulx,

de ceste princesse; et pour le moins ne me trouvè je si veufflé d'elle

que, quand aulx hommes et vaysseaulx, je n'aye faict que ouvertement

elle a refuzé aulx ministres et aultres poursuyvantz, qui sont icy,

d'en bailler; et, quand aulx deniers, si, d'avanture, elle consent,

soubz main, à quelque crédict de ses marchandz, ce ne peut estre de

grand somme. Et si, luy ay je protesté, il y a plus de six moys, et le

luy renouvelle toutz les jours, que vous vous plaindriez d'elle, si

les Allemantz marchoient en France, parce qu'on sçayt assez que le

Prince de Condé n'a de quoy les y fère marcher, si elle, de son argent

ou crédict, ne leur faict des jambes et des pieds. Et je vous supplye,

Sire, de ne donner trop de foy à ceulx qui vous cellèbrent la facilité

de la dicte Dame à bailler son argent contre vous, ny à vous rompre le

traicté; mais bien à ceulx qui la font libéralle de bonnes parolles et

de promesses vers ung chascung. Sur ce, etc.

Ce Ier jour de juillet 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 238 / 273 题