Sire, parmy les propos que j'ay dernièrement tenus à la Royne
d'Angleterre, j'ay estimé, pour aulcunes bonnes occasions, qu'il
estoit besoing de luy dire que Vostre Majesté se trouvoit de plus en
plus très contante de la ligue, naguyères renouvellée avec elle; et
que jamays, à quelconque aultre promesse qu'eussiez faicte en ce
monde, vous n'aviez plus volontiers adjouxté vostre foy et sèrement
qu'à celle de son amityé; et que, si elle desiroit encores quelque
aultre chose, pour s'assurer davantage de vous en cest endroict, que
vous la luy offriez de bon cueur et estiez prest de l'effectuer; et
que pareillement vous me commandiez de vous rendre responce des
particullaritez qui touchoient à elle de vous accomplyr, sellon que
j'en avoys baillé la nothe par escript à Mr de Walsingam, à qui
j'avoys aussy communicqué le pouvoir que m'aviez envoyé pour assister
à son sèrement; lequel sèrement je la pryois bien fort ne se grever de
vous renouveller, encor que possible le traicté ne l'y obligeât,
sellon que vous n'aviez différé de le luy prester à elle, oultre
l'obligation du dict traicté, affin qu'il ne demeurât aucun escrupulle
entre vous.
Elle m'a respondu qu'elle louoit Dieu de voyr que vostre contantement
correspondoit au sien sur la continuation de la ligue, et vostre desir
à celluy qu'elle avoit de la bien observer, chose qu'elle prioit Dieu,
et l'a dict ung peu en collère, qu'il vous fît quelquefoys cognoistre
combien elle vous estoit plus utille que vous ne le pensiez, et plus
qu'on ne s'efforçoit de le vous persuader; et qu'elle ne vous voudroit
pas différer son sèrement, n'estoit que ceulx de son conseil luy
remonstroyent qu'il estoit impertinent de le fère, et que cella seroit
remettre en doubte tout le passé, et que son ambassadeur luy avoit
aussy mandé que Vostre Majesté demeuroit bien capable et satisfaicte
de ce poinct; et qu'au reste je l'excusasse si elle ne vous avoit
encores envoyé la lettre qu'elle vous debvoit escripre, de sa main,
car, pour s'estre faict mal à un bras, en courant à la chasse, sur ung
cheval d'Espaigne, elle n'y avoit peu encores vacquer, mais que, dans
quatre ou cinq jours, je l'aurois sans aulcune difficulté.
J'ay suivy à luy dire que, pour ceste heure, doncques, je ne la
presserois plus du sèrement, et me contanteroys de vous escrypre sa
raison, et m'efforceroys, avec la lettre de sa main et ses aultres
honnestes responces, de vous donner le plus de satisfaction d'elle
qu'il me seroit possible, et qu'elle se pouvoit vanter d'avoyr acquis
en Vostre Majesté le plus grand et le meilleur de tous les amys
qu'elle eût peu rencontrer en la Chrestienté, et le plus ferme
confédéré que sa couronne ayt eu depuis qu'elle est establye, et que,
dorsenavant, nul de ses ennemys, ny nul de ses rebelles, ny nul qui
luy voulût mal, ne trouveroyent lieu ny place en France; et que de
mesmes vous desiriés, Sire, que nul aussy, qui pourchassât de vous
nuyre, en peût trouver près d'elle ny des seigneurs de son conseil, ny
faveur aulcune contre vous en ce royaulme; et que de cella vous l'en
priez très affectueusement comme chose très raysonnable, et sur
laquelle les parolles que me commandiez de luy en dire n'estoient ny
légères ny communes, ains d'une grande expression, qui déclaroyent
bien que vous aviez une singullière bonne volonté de persévérer à
jamays vers elle, et faisiez aussy estat qu'elle persévèreroit très
constamment vers vous; et que de cella vous aviez prins une plus
grande assurance par ce nouveau et très agréable tesmoignage, qu'elle
vous donnoit, de vous avoyr esleu chevalyer de son ordre; de quoy,
pour n'emprunpter rien hors de vostre lettre, de ce que me commandiez
luy dyre du grand contantement qu'en aviez receu, et de l'infiny
mercyement que luy en rendiez, et du debvoir où vous vous mettriez
d'honnorer son ordre avec le plus de dignité qu'il vous seroit
possible, et du playsir que vous auriez qu'elle le vous envoyât
bientost, qui seroit redoublé si elle vouloit que ce fût par le comte
de Lestre, je la supplyois qu'elle mesmes voulût lyre ce qu'il vous
playsoit m'en escripre, et elle trouveroit que son ordre estoit très
bien employé en Vostre Majesté, et que vous sçaviez honnorer
grandement ceulx qui vous honnoroyent et honnorer l'honneur qu'on
s'efforçoit de vous fère.
Elle a distinctement leu tout l'article de vostre lettre, qui faisoit
mencion de cella, et, après, comme toute resjouye et bien fort
contante, m'a faict la responce que je vous ay sommayrement comptée en
mes précédantes. Et, d'abondant, m'a dict qu'elle vous remercyoit, de
tout son cueur, du grand et remarquable honneur que Vostre Majesté
faisoit à elle et à son ordre de si favorablement l'accepter, et
qu'elle le vous envoyeroit bientost par ung personnage d'authorité,
bien incliné à vostre mutuelle amityé, que vous n'auriez moins
agréable que le comte de Lestre; duquel elle me manderoit le nom,
incontinent qu'elle en auroit faicte l'élection; et néantmoins qu'elle
avoit grand plésir qu'eussiez demandé le dict comte, car elle
cognoissoit par là que vous vouliez procéder de grande sincérité vers
elle.
Dont de ce propos et d'aulcuns aultres que nous avons continué,
l'espace de deux heures, Vostre Majesté en entendra davantage par le
Sr de Vassal, présent porteur. Et n'adjouxteray rien plus icy, Sire,
sinon qu'encor qu'on eût aulcunement altéré la dicte Dame contre vous,
j'ay bien cognu qu'elle n'estoit preste, pour cella, de se destourner
de vostre amityé s'il vous plaist continuer en la sienne. Je vous
envoye la lettre de sa main et la responce que ceulx de son conseil
m'ont faicte sur le reste de mes demandes. Et sur ce, etc. Ce XXVIe
jour de juing 1575.