Sire, parce que, à ce soubdain délogement que la Royne d'Angleterre a
faict, le lendemain de Panthecoste, de Grenvich, à cause de la peste,
la pluspart des seigneurs de sa court et les principaulx de son
conseil se sont escartez en divers lieux pour prendre l'ayr des
champs, je ne puis, jusques à ce qu'ilz soyent rassemblez près d'elle,
retirer la responce des choses que je luy proposay dernièrement; mais
j'espère que, bientost, ilz y seront toutz de retour, et
qu'incontinent après je la vous pourray mander, n'estant sans quelque
apparence que les suppostz de la nouvelle religyon, lesquels, ces
jours passez, ont esté en court, se soyent cepandant efforcez de m'y
susciter de la difficulté. Et mesmes sur ce que l'ambassadeur
d'Angleterre a escript, du XXIe du passé, que le traicté que Vostre
Majesté avoit commancé entre les depputez de ceulx de la nouvelle
religyon estoit entyèrement rompu, et eulx toutz retirez, sans aulcun
espoyr d'accord; et que, depuis ung moys, Vostre Majesté s'estoit fort
réfroidye de la paix contre ce qu'elle avoit auparavant monstré
d'infinyement la desirer, je ne cesseray pourtant de solliciter la
responce que j'attandz de la dicte Dame, et de m'oposer aulx pratiques
d'iceulx suppostz aultant qu'il me sera possible, attandant la venue
de mon successeur, duquel la longueur n'est plus excusable pour vostre
service.
J'entendz que, de nouveau, l'on remect en terme le voïage de Me
Quillegreu; et semble que ce soit pour deux occasions: l'une, pour
fère souscripre le comte de Morthon et le conseil de dellà à la ligue
de la nouvelle religyon, laquelle on tâche à renforcer plus que
jamays; et l'aultre, pour accommoder certein grand différent, que les
ministres et toute ceste sorte de clergé d'Escosse ont contre le dict
de Morthon, sur ce qu'il veut applicquer le tiers des bénéfices du
royaulme au revenu de la couronne. Je ne sçay si le dict Quillegreu se
déportera avec plus de modération vers le nom et l'alliance de Vostre
Majesté par dellà qu'il n'a faict, les aultres foys qu'il y est allé.
Il a esté besoing, pour la trop curieuse et aspre inquisition, qu'on
faisoit icy contre la Royne d'Escosse, de fère une honneste et
gracieuse mencion d'elle à la Royne, sa seur, et luy tesmoigner que sa
droicte et bonne intention vers elle méritoit, en toutes sortes,
qu'elle eût plus de respect à elle, et ne luy dényât le premier et
meilleur lieu que justement elle desiroit avoyr en sa bonne grâce. En
quoy m'a semblé qu'encor qu'elle m'ayt ramanteu aulcunes traverses et
empeschementz, que le susdict comte de Morthon, avec ses adhérentz,
s'efforçoit d'y mettre, néantmoins elle n'a tant couvert ny dissimulé
son cueur qu'elle ne m'ayt donné à cognoistre qu'elle n'estoit mal
disposée vers elle, et qu'encor que les ennemys puissent bien retarder
aulcunes de ses bonnes démonstrations vers elle, qu'ilz ne pourront
toutesfoys jamays tant rompre les liens, dont Dieu et nature les ont
conjoinctes ensemble, qu'elle ne luy rende tousjours ung honneste et
honnorable debvoir de bonne parante. De quoy j'ay mis peyne d'en
resjouyr et consoler, par ung mot de lettre, la dicte Dame, et luy
conseiller qu'elle ne vueille discontinuer vers elle ses honnestes
escriptz et ses gracieulx présantz; et j'espère que ceste aigreur,
aussy bien que les précédentes, se réduyra à modération. Et mesmes y
en a qui pensent qu'elles se pourront voyr en ce progrès: sur quoy se
faict de bonnes et maulvaises interprétations.
Le comte de Quildar a esté admené prisonnyer, d'Irlande, ensemble la
comtesse sa femme et ses enfans, et sont desjà mis soubz diverses
gardes en ceste ville, attandant qu'ilz soyent examinez. Je mettray
peyne d'entendre davantage de leur faict, ensemble de l'estat du pays
de dellà, pour vous en donner advis par mes premières. Et, sur ce,
etc. Ce IIe jour de juing 1575.