Sire, celluy secrettayre Wilx, angloys, qui accompaignoit le
secrettayre de Mr de Méru, quand il fut prins à Bouloigne, est
retourné, icy, depuis quatre ou cinq jours, avec plusieurs lettres et
dépesches qu'il a apportées d'Allemaigne et de Basle à ceste
princesse, et à ceulx de son conseil, et pareillement à Mr de Méru, et
aulx ministres françoys et flammantz qui sont en ceste ville. Et
soubdain, ceulx, qui sont superintendantz des affères de ceulx de la
nouvelle religyon, se sont assemblez pour dellibérer du contenu des
dictes dépesches; et, le lendemain, Mr de Méru, avec l'ung d'eux, est
allé à Grenvich, où il a estroictement conféré avec troys de ce
conseil: et y est convenu ung nommé le Sr de Martinez, agent de Mr de
Laval, et troys cappitaines ou gentilshommes françoys, de ceulx qui
souloyent suyvre le feu comte de Montgommery. Dont j'entendz qu'il y a
esté mis en avant beaucoup de propositions pour essayer de tirer
d'icy, en une façon ou aultre, des deniers et des hommes et des
vaysseaulx, et aultres moyens, en faveur des eslevez de vostre
royaulme; et mesmes de fère que ceste princesse se voulût déclarer
pour eulx en ce qui concerneroit la deffance de leur religyon, luy
assurant le dict Wilx, oultre la teneur des lettres, que, pour chose
très certayne, le Prince de Condé armoit bien grossement. Et celluy,
que j'ay mis après pour descouvrir ce qui résulteroit de toutes ces
dellibérations, m'a mandé qu'il n'estoit pas possible, pour encores,
de le sçavoyr, parce que nulle chose au monde estoit menée plus
secrettement ny plus à couvert que ceste cy; néantmoins, sellon qu'il
le pouvoit comprendre pour la démonstration que faisoyent les plus
passionnez, il sembloit bien qu'ilz ne peussent aysément mouvoyr la
dicte Dame à leurs desirs, mais qu'il estoit bien à craindre qu'enfin
ilz obtînsent d'elle qu'elle dissimuleroit ce que le clergé et les
particulliers de ce royaulme voudroient fère en cest endroict. Sur
quoy, Sire, au premier sentiment que j'auray de chose aulcune qui
puisse, tant soit peu, manifester leurs dictes dellibérations, je ne
faudray de vous en donner incontinent advis, vous voulant cependant
bien assurer que la dicte Dame n'a envoyé aulcun nouveau mandement à
ses navyres, et qu'elle a faict surçoyr, pour quelque temps,
l'emprunct des deux centz mille escus dont je vous avoys faict
mencion.
Les choses, que le docteur fiscal de Bruxelles avoit à négocyer en
ceste court, ne sont si facillement venues à conclusion comme il
espéroit; et semble qu'elles vont en longueur. Néantmoins il se
promect de fère que la mutuelle résidance des ambassadeurs sera
accordée entre le Roy, son Mestre, et ceste princesse; par le moyen de
quoy toutes les aultres difficultez seront bientost vuydées entre
eulx; et il en est entré en plus d'espérance, depuis troys jours qu'il
a eu à présenter à la dicte Dame une lettre, de la main de son dict
Mestre, qui la remercye sans fin de l'honneste offre qu'elle luy avoit
faicte de ses navyres et hommes contre le Turc; et y a adjouxté
beaucoup de bonnes et expresses parolles d'amityé qui l'ont grandement
contantée.
L'on a eu craincte, icy, de quelque altération vers le North, d'autant
que d'Escosse l'on avoit transporté en la frontyère de deçà, ez mains
de milord de Scrup, gardien d'icelle, une jeune hérityère, bien riche,
contre le vouloyr du comte de Morthon, qui prétandoit d'en avoyr la
garde noble, et de la maryer à quelqu'ung de ses parantz; mais la
Royne d'Angleterre a mandé qu'on la luy rendît, dont cella n'a passé
plus oultre.
Il se faict, icy, une grande recherche sur la Royne d'Escosse; et a
l'on mis desjà cinq personnages de qualité dans la Tour, et examiné
deux milords, et envoyé quérir troys serviteurs du comte de Cherosbery
pour vériffyer par qui et commant ont esté conduictz les pacquetz et
chiffres de la dicte Dame, et quelle négociation elle en a menée avec
Guoaras; agent du Roy d'Espaigne. Je fay tout ce que je puis pour
modérer cella, et ne discontinue poinct, pour toutes ces traverses,
les gracieuses négociations; et de fère ordinayrement tenyr de petitz
présentz et des lettres et aultres honnestes entretiens, de la part de
la dicte Dame, à la Royne, sa cousine, laquelle ne les a encore
rejettez; mais je crains fort que ses ennemys parviendront enfin à ce
qu'ilz prétandent: de la fère oster des mains du comte de Cherosbery.
En quoy je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour les en
garder.
L'on m'a dict que les ministres françoys, qui sont icy, ont receu
freschement une forme d'articles que les depputez, qui sont à Paris,
leur ont envoyé, avec les responces de Vostre Majesté; et qu'ilz
disent qu'ilz ne voyent pas, par là, que les choses aillent ainsy
clères et nettes, comme il seroit requis pour parvenir à une bonne
paciffication. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de may 1575.