AU ROY.

Sire, comme ceste princesse estoit après à dellibérer, avec ceulx de

son conseil, si elle debvoit, ou si elle ne debvoit pas, fère

promptement mettre les douze navyres, dont je vous ay cy devant

escript, (sçavoyr est: six des siens, et les six aultres des

particulliers), en mer, il y en a qui sont expressément allez la

persuader que, pour occasion du monde, elle ne voulût laysser de les

fère sortir, attandu que, de Normandye et de Bretaigne, il y en avoit

desjà ung bon nombre sur mer dehors. Et s'en est bien peu failly, à

l'instance des depputez de Basle, et d'aulcuns venus de la Rochelle,

lesquelz se sont tout à poinct présentez là dessus en ceste court,

lorsque Mr de Méru y estoit, que la résolution n'en ayt esté prinse,

et mesmes que aulcuns de ce conseil, qui inclinoyent à cella,

opinoient que ce seroit chose fort à propos pour favoriser

l'entreprinse d'Irlande. Mais, quand j'ay eu, soubz main, remonstré

qu'il ne pourroit estre que Vostre Majesté n'en prînt de la jalousye,

attandu que vous aviez faict donner advis à la dicte Dame de tout ce

que vous aviez sur mer, et de ce qu'entendiez y mettre davantage,

ensemble de son armement; et que vous sçaviez assez que, pour

l'Irlande, il ne luy faisoit besoing d'aultres vaysseaulx que de

passagers pour y trajetter des hommes; et que je croy aussy que, en

mesmes temps, le conseiller fiscal de Bruxelles, (lequel est après à

renouveller les accords d'entre les pays du Roy d'Espaigne avec ce

royaulme, d'autant que leur trefve, qui n'avoit esté prinse que pour

deux ans, est expirée, à ce premier jour de may), a aussy remonstré

que son Mestre auroit cella pour suspect; il a esté résolu que, pour

ceste heure, cest armement ne passeroit plus oultre, et qu'il seroit

remis jusques à ce que la dicte Dame vît si, pour quelque occasion qui

luy peût cy après survenir, qui luy fût plus grande qu'elle n'en avoit

à présent, elle seroit meue de le parachever.

Et sur cella j'entends qu'il luy est arryvé, de son ambassadeur, ung

pacquet, lequel luy a donné assés de satisfaction du bon rapport qu'a

faict d'elle et des choses de deçà Mr de La Chastre, et comme il vous

a pleu commander à icelluy mesmes Sr de La Chastre, et à Mrs de

Limoges et de Chiverny, d'aller apporter beaucoup d'honnestes et

agréables mercyementz, de vostre part, à son dict ambassadeur; ce qui

l'a grandement contantée. Mais il semble bien qu'il ne luy ayt donné

guyères d'espérance que vueillés pourvoir aulx particullières demandes

qu'elle vous a mandé fère pour aulcuns de ses subjectz. De quoy elle

et ceulx de son conseil demeurent fort escandalizés, et disent qu'il

n'est pas possible que l'amityé se puisse conserver entre Voz deux

Majestez, si la justice n'est mutuellement, là et icy, administrée à

voz communs subjectz. Et pour ceste occasion, ilz m'ont faict tomber

une lettre entre mains que Me Chambernon m'a escripte pour fère que,

par la presse que cestuy faict de son affère, Vostre Majesté cognoisse

combien ceste princesse est pressée, de plusieurs aultres des siens,

de leur pourchasser quelque rayson et restitution en France.

J'ay faict recepvoyr en bonne part à milord de St Jehan, l'escossoys,

la responce que m'aviez commandé de luy fère, lequel se contantera

qu'il vous playse luy envoyer une vostre lettre de protection; car il

proteste que ce n'a esté pour gain ny pour ambition qu'il s'est

adressé à Vostre Majesté, ains pour la servitude qu'il vous porte, et

pour la naturelle affection qu'il porte à vostre couronne, et qu'il

espère bien de fère que ce tesmoignage de vostre faveur, que vous luy

donrez maintenant, servira de beaucoup à establir l'authorité de

vostre nom et celle de vostre alliance en Escosse, et qu'il vous y

regaignera cinq centz, voyre mille gentilshommes pour fère entièrement

ce que vous leur commanderez. L'on m'a dict que, au dict pays, la

noblesse et le peuple sont après à déposer, toutz d'ung accord, le

comte de Morthon de la régence pour la bailler à l'ung des enfans du

feu duc de Chastelleraut, ou bien au comte de Honteley: qui seroit

chose peu agréable en ceste court. Je mettray peyne d'en avoyr plus de

certitude, affin de le vous mander par mes premières. Et sur ce, etc.

Ce VIe jour de may 1575.

_Par postille à la lettre précédente._

Sire, vostre service souffre icy du détriment beaucoup, et moy

de la honte bien grande et une nécessité insupportable, pour

le tort, que le Sr Scipion Sardiny me faict, de ne me vouloir

payer les assignations que Mr le trézorier de l'espargne m'a,

dez l'année passée, baillée sur luy; qui vous supplye très

humblement luy commander qu'il ayt à les acquitter tout

promptement aulx Srs Macey et Cevany pour le Sr Acerbo

Velutelly; lequel prétend de me fère mettre en arrest, pour

troys mille escus qu'il m'a desjà advancez, et pour l'intérest

des troys foyres que le dict Sardiny a layssé passer sans le

vouloyr contanter.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 218 / 273 题