AU ROY.

Sire, parce que la Royne d'Angleterre avoit monstré de ne prendre en

bonne part la négociation que luy aviez faicte fère pour la Royne

d'Escosse, affin de mieulx cognoistre si ce qu'elle nous en avoit

respondu luy partoit, à bon esciant, de dedans du cueur, ou si

c'estoit artiffice, je luy suis allé dire que j'avoys à luy fère ung

peu de querelle de la rude responce, qu'elle vous avoit mandé, sur les

honnestes propos que luy aviez faict tenir par Mr de La Chastre en

faveur de ceste princesse.

A quoy soubdain, sans me laysser passer plus avant, elle m'a respondu

que je serois tout esbahy, si je sçavois ce qu'elle avoit faict

davantage, car, par la lettre qu'elle avoit escripte, de sa main, à la

Royne, vostre mère, elle luy avoit mandé qu'elle ne luy layrroit

passer ceste grande faute d'avoyr permis que Vostre Majesté fût entrée

en renouvellement de ligue avec elle par ung si mal considéré

commancement que celluy là; et mesmes s'estoit pleincte à elle que je

ne m'estois monstré, icy, guyères moins ambassadeur de la Royne

d'Escoce que le vostre.

A quoy aussy, en ryant, je luy ay dict que, en cuydant taxer d'erreur

Voz Très Chrestiennes Majestez, elle ne prenoit pas garde qu'elle

manifestoit proprement le sien de vous reprocher les honnestes offices

que faisiez pour vostre belle seur et parante, et pour vostre

principalle allyée; lesquels offices je sçavoys qu'elle mesmes jugeoit

assez que, sans grand reproche, vous ne les pouviez obmettre, et qu'il

failloit bien qu'elle pensât de ne vous avoyr jamays pour amy, si elle

ne vous vouloit aymer avec toutes les circonstances de vostre honneur

et dignité; et que, pour mon regard, je n'avoys jamays attainct de

fère, à beaucoup près, pour la dicte Dame, tout ce que Vostre Majesté

m'en avoit commandé, dont je ne creignoys d'estre blasmé de l'excez;

et que, de tant que je sçavoys qu'à présent elle n'avoit aulcune

matière d'offance ny de courroux contre elle, que je ne layrroys

pourtant cella de luy communicquer une sienne lettre que j'avoys

naguyères receue, laquelle luy feroit venir à regret que, pour son

regard, elle ne vous eût plus agréablement satisfaict.

Et, la luy ayant baillée, elle l'a fort volontiers serrée dans sa

pochette, et m'a pryé de la luy laysser pour la lyre à son loysir. Qui

ay bien cognu depuis, Sire, qu'elle y avoit trouvé des particullaritez

qui l'avoient contantée, dont elle a contanté aussy de quelques

aultres la dicte Dame; et a permis que Me Jehan de Compiègne, son

tailleur, avec plusieurs besoignes qu'il a apportées de Paris, la soit

allé trouver.

Ceste difficulté n'a esté sitost vuydée qu'il s'en est présenté

incontinent une aultre, plus grande, de troys gentilshommes, l'ung

françoys, l'autre allemand et l'autre flammand, lesquelz, ayant esté

naguyères dépeschés par l'assemblée qui a esté tenue à Basle, sont

venus incister à ceste princesse et au clergé de ce royaulme en des

demandes bien grandes pour ceulx qui ont prins les armes en faveur et

deffence de ceulx de la nouvelle religyon; lesquelles demandes je n'ay

peu encores bien approfondyr, à la vérité, quelles elles sont; tant y

a qu'il semble que les évesques d'icy y vont assez inclinant.

Néantmoins il a esté si bien pourveu au reste, que je ne descouvre

nullement que ceste princesse ny ceulx de son conseil ayent, pour

encores, aulcune dellibération de leur rien accorder.

Et, au contrayre, il est advenu, contre ce qu'ilz espéroyent, et au

regret de plusieurs aultres poursuyvantz en ceste court, que le jour

de St Georges, et tenant le chapitre de l'ordre de la Jarretyère, à

Grenvich, la dicte Dame a faict que Vostre Majesté y a esté esleu

chevalyer du dict ordre; dont le comte de Lestre s'en est incontinent

envoyé conjouyr avecques moy, avant qu'il en ayt esté rien divulgué.

Et, le jour ensuyvant, elle a envoyé troys honnestes gentilshommes de

sa court, du nombre de ses pensionnayres, dont l'ung est son parant,

devers moy, pour me notiffyer la dicte élection, et comme elle n'avoit

voulu permettre que ce chapitre se passât sans qu'elle se fît; et

qu'aussytost qu'elle entendroit que Vostre Majesté l'auroit agréable,

elle ne faudroit de vous dépescher ung personnage d'honneur et ung

seigneur de qualité pour vous aller apporter le dict ordre. Je l'ay

infinyement remercyée de ceste marque, et de l'évident tesmoignage

qu'elle vous rend, en cella, de son indubitable amityé, et que je ne

tarderoys de le vous fère bientost sçavoyr; luy osant desjà bien

advancer cella, en vostre nom, qu'elle n'eût peu fère eschoyr ceste

élection en l'endroict de nul autre prince de la Chrestienté qui mît

plus de peyne d'honnorer son ordre, et de l'accepter en très bon gré,

que Vostre Majesté feroit: dont vous supplye très humblement, Sire,

m'y fère promptement, et par voz premières, ung mot de responce. Sur

ce, etc. Ce XXXe jour d'apvril 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 216 / 273 题