Sire, la bonne et digne façon de laquelle Mr de La Chastre s'est
conduict à fère la visite que luy avez commandé vers ceste princesse,
et à luy présenter les lettres de Vostre Majesté et de la Royne,
vostre mère, (mesmement celles qui estoient escriptes de voz mains,
lesquelles, avec l'acte d'acceptation de la ligue, qui a esté trouvé
fort bien couché, ont esté de grand moment), et à luy bien explicquer
les poinctz de sa créance, et singulièrement à luy ouvrir clèrement la
droicte intention de Voz Très Chrestiennes Majestez, et aussy à luy
admener de bien vifves raysons pour luy oster tout escrupulle qu'il y
ayt aultre chose que toute sincérité, bien esloignée de faintise et de
dissimulation, en l'amityé que luy promettez, ont faict que la
confirmation de la dicte ligue, pour laquelle principallement l'aviez
dépesché par deçà, a heureusement succédé, ainsy que luy mesmes vous
en fera le récit, et vous en délivrera l'acte et les lettres, que la
dicte Dame vous en escript. Qui me semble, Sire, que les choses en
sont venues à si bons termes que de meilleurs ny de plus honnorables,
pour ce regard, n'en pourroient estre desirez pour Vostre Majesté. Et
j'en loue Dieu de bon cueur, car, avec l'utillité de vostre service,
je puis, à ceste heure, plus confidemment supplyer très humblement
Vostre Majesté de m'effectuer la promesse de mon congé, sans craindre
que le changement d'ambassadeur puisse rien altérer en la négociation
de deçà, et commander de rechef à Mr de Mauvissyère de se rendre, icy,
le XVe de ce moys, ou au plus tard à la fin d'icelluy, sellon que, par
la dépesche du XVIIe du passé, j'ay veu que desjà il en avoit receu
vostre commandement. Sur ce, etc.
Ce VIIe jour d'apvril 1575.