Sire, j'ay receu, le XXIIIIe de ce moys, deux dépesches de Vostre
Majesté, l'une du dernier du passé, et l'aultre du second d'estuy cy,
par lesquelles j'ay eu assés de quoy esclarcyr les derniers bruictz
qu'on faisoit courir du maulvais succez des choses de Languedoc, et du
peu d'espérance de la paix; de quoy j'espère que, demain, je rendrai
ceste princesse plus capable de la vérité de ce qui en est, et mieulx
édiffyée de vostre intention vers elle, et de vostre desir à la
tranquillité de voz subjectz, et repos universel de la Chrestienté, et
encores de la particullarité de Mr de Dampville, qu'on ne s'est
efforcé de le luy persuader; et n'obmettray de luy relever d'autant
plus la réputation et bon progrès de voz affères qu'on met peyne de
les luy représanter bien bas et en ung fort maulvais estat; et feray,
en somme, tout ce qui me sera possible vers elle, que les
dellibérations et apprestz, que je voy fère par les siens, demeureront
interrompus, ou aulmoins que l'effaict n'en aille que le moins que
fère se pourra contre le service de Voz Majestez.
L'armement, dont je vous ay cy devant escript, se continue toujours
sans aulcun doubte, et pareillement le transport des armes et des
monitions vers les portz; et est advenu que, depuis quatre jours, sous
colleur d'ung festin, l'on a mené essayer des armes dans la Tour de
Londres à plus de deux centz gentilshommes, comme pour une soubdeyne
et secrette entreprinse; de quoy j'ay prins ung peu d'allarme, et en
envoye présentement donner aulx gouverneurs de voz places, qui sont
plus voysins d'icy. Et d'ailleurs j'ay entendu qu'on dresse
secrettement ung party, avec aulcuns marchands de ceste ville, pour
fère remettre en Allemaigne trente mille angelotz en espèce; de quoy
j'ay mis gens après pour approfondir à qui et comment le payement s'en
fera. Et me vient on aussy d'advertyr que ceulx de ce conseil
dellibèrent de proposer, avec invincibles argumentz, à leur Mestresse,
qu'elle doibt effectuer les praticques qui souvent ont esté mises en
termes: de conclurre une ligue avec les Escossoys et s'attribuer la
protection du jeune Prince d'Escosse et de sa couronne, durant sa
minorité, et luy procurer le mariage d'une des filles d'Espaigne, en
le déclarant successeur de ce royaulme. Qui est cause, Sire, que je
supplye très humblement Vostre Majesté de fère passer promptement en
Escosse le gentilhomme qu'avez dellibéré d'y envoyer résider, affin
qu'il n'y laysse rien passer qui soit au préjudice de vostre ancienne
alliance de dellà. Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575.
Aulcuns de voz subjectz de Normandye, qui sont icy, me sont
venus remonstrer que la cour du parlement de Roan, sans avoyr
esgard à la réservation portée par voz lettres patentes du
XXVIIe jour de décembre dernier, ny aulx attestations que,
suyvant icelles, je leur ay baillées de leurs paysibles
déportementz, elle leur a faict saysir leurs biens; et sur la
main levée que leurs procureurs ont demandée, elle les a
renvoyez à Vostre Majesté. Dont je vous supplye très
humblement, Sire, que, de tant qu'ilz ont la promesse de
Vostre Majesté, et que voz lettres patantes contiennent
nomméement leur réserve, qu'il vous playse mander, par seconde
jussion, à vostre dict parlement de Roan, de ne leur saysir
leurs biens, et, si saysis estoient, leur en fère la main
levée. Et j'estime que cela reviendra au bien et réputation de
vostre service.