AU ROY.

Sire, à ce premier chef de vostre dépesche, du XXe du passé, que j'ay

receue le tréziesme d'estuy cy, par où Vostre Majesté me mande que je

m'opose au transport de la Royne d'Escosse, je ne fauldray d'y

satisfère, quand j'entendray, par elle, ou que je sentiray, icy, qu'il

en sera besoing, bien que nulle autre chose pourra estre prinse en

pire part, ny plus mal interprétée de la Royne d'Angleterre et des

siens, que l'instance que j'en pourray fère, parce qu'elle et eulx ne

sont de rien au monde si jaloux que de tout ce qui, au nom de Vostre

Majesté, vient estre dict ou faict en faveur de ceste princesse.

Néantmoins je n'obmettray rien de tout ce qu'il vous plaist m'en

commander avec la deue observance, toutesfoys, qu'y sera requise, pour

n'altérer rien de voz affères par deçà. Dont je loue Dieu que, pour

ceste heure, il n'y fault rien fère; car il est desjà pourveu, si plus

grand accidant ne survient, qu'elle ne sera poinct changée de la garde

du comte de Cherosbery.

Et pour l'autre segond chef de vostre dicte dépesche, j'ay mis peyne

de fère voyr, icy, de quelle bénignité vous avez commancé de tretter

avec les depputez du Prince de Condé, et combien vous desirez et avez

bonne espérance de mettre de bref la paciffication en vostre royaulme.

Qui vous promectz, Sire, que les aultres depputez des eslevez de

Languedoc ne furent pas plus tost départis d'Avignon, sans avoyr rien

faict, que les suppostz de la nouvelle religyon, qui sont icy,

n'allassent incontinent à Ampthoncourt, devers la Royne d'Angleterre

et devers ceulx de son conseil, y estant lors Mr de Méru, pour leur

donner entendre que, sur des difficultez non petites, et sur certeyne

forme d'articles qu'ilz leur monstreroient, toute l'espérance de la

paix estoit rompue, et que les eslevez se trouvoient sy gaillards

qu'ilz se mettroient bientost en campaigne; et que, dans peu de jours,

le Prince de Condé seroit prest de descendre, avec de grandes forces,

d'Allemaigne en France; dont supplyoient la dicte Dame de se vouloir,

à ce coup, bien résoudre de leur donner, sinon ouvertement du secours

d'hommes, aulmoins celle faveur de son royaulme, par mer et par

terre, que le temps et l'occasion leur pourroit admener d'en avoyr

besoing.

A quoy j'entends qu'elle leur a respondu qu'elle estoit en bonne

amityé et intelligence avec Vostre Majesté, et ne leur pouvoit, pour

ceste heure, rien promettre à vostre préjudice, mais qu'elle se

réservoit de leur fère une bien plus expresse responce dans bien peu

de moys, qu'elle auroit veu comme vous dellibèreriez de demeurer avec

elle, et comme vous entendriez de demeurer avec eulx; et que, si

cepandant elle pouvoit estre moyen de quelque réconciliation entre

Vostre Majesté et eulx, elle offroit de s'y employer de tout le

pouvoir et moyen qu'elle en auroit. Et les a ainsy renvoyez.

Néantmoins il se poursuyt tousjours une secrette dellibération d'armer

bon nombre de navyres, et de mettre jusques à huict mille hommes

dessus, par apparance d'en vouloir secourir le Roy d'Espaigne, et

Guoras s'en entremet aulcunement; mais ceulx qui considèrent l'affère

de près jugent que c'est toute aultre chose qu'on couvre là dessoubz.

Dont je mettray peyne d'y avoyr l'œil le plus ouvert qu'il me sera

possible.

Deux jeunes hommes partys de la Rochelle le segond de ce moys sont

arryvez, n'y a que troys jours, en ceste ville, avec quelque

commission de passer en Ollande; et ont apporté diverses dépesches à

plusieurs, expéciallement à Mr de Walsingam, lequel s'est retiré pour

ung moys en ceste ville, affin de se fère panser de son accoustumée

difficulté d'urine. Et j'entends qu'ilz rapportent que le Sr de La

Noue estoit retourné à la Rochelle, le XXIXe du passé, et pareillement

le baron de Miraubeau, et le lieutenant de Poictiers en Brouage,

ayantz fally à deux entreprinses, pour lesquelles ilz estoient partys:

l'une, de Zainctes, où leurs eschelles pour estre trop chargées

s'estoient rompues; et l'autre, de St Jehan d'Angely, où ceulx de

dedans, qui estoient de leur intelligence, pour l'espérance procheyne

de la paix n'avoient voulu interrompre leur repos, mais que, si la

guerre continuoit, ilz faysoient estat de s'en rendre facillement

maystres; et qu'ilz n'avoient, de plus près que Barbesieux, approché

Lusignan, estantz hors d'espérance de le pouvoir secourir, de quoy ilz

vouloient advertyr ceulx de dedans, affin de prendre party, lesquelz

estoient en extrême nécessité de toutes aultres choses, ormis de bled

et de farine qu'ilz en avoient encores pour longtemps. Et ont les

dictz deux rochelloys assés déclaré que ceulx de leur ville et les

aultres eslevez de tout ce quartier là inclineroient bien fort à la

paix.

Me Wilson a escript, de Flandres, que les choses s'y tournoient fort

disposées à la paix, s'estant le grand commandeur layssé entendre que

le Roy, son Mestre, pourroit condescendre de retirer les Hespaignols,

et laysser à ceulx de la nouvelle religyon la liberté de conscience

sans exercisse, et de remettre toutz les anciens privilèges du pays,

et confirmer le gouvernement de Ollande et Zélande au prince d'Orange,

et de luy rendre son filz qui est en Espaigne; et qu'à cest effect il

y avoit des depputés devers le dict prince tant de la part de

l'Empereur, comme entreméteur, que ung du conseil d'estat du Pays Bas,

pour en dresser des articles. Et sur ce, etc.

Ce XIXe jour de janvier 1575.

Je viens d'estre adverty que quelques cappitaynes et

gentilzhommes angloys, où y a des françoys meslez,

s'apprestent à grand haste, comme de eulx mesmes, d'aller

tanter quelque entreprinse par dellà la mer. Dont je supplye

très humblement Vostre Majesté d'envoyer tout promptement

refrayschir aulx cappitaynes et gouverneurs de la frontière de

deçà qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 175 / 273 题