AU ROY.

Sire, avec les honnestes propos d'amityé que j'ay tirés des deux

dépesches de Vostre Majesté, du Xe et XIIIIe du passé, qui me sont

arryvées le quatriesme et sixiesme d'estui cy, j'ay mis peyne

d'entretenir la Royne d'Angleterre, et ceulx qui guident ses

dellibérations, en la meilleure disposition que j'ay peu; et ay, par

là, assés faict suspendre les responces qu'aulcuns s'efforçoient

d'avoyr d'elle sur les présentz affères qui se débatent en vostre

royaulme; qui, avec bonnes parolles, les a remys jusques après que,

par la procheyne légation que luy envoyerés, elle aura pu cognoistre

comme vous entendez de vivre avec elle. Il est vray, Sire, que je

sentz bien que, sur les difficultez que l'ambassadeur d'Angleterre a

escript qui se trouvoient si grandes, en la paciffication de voz

subjectz, que Vostre Majesté perdoit quasy l'espérance de ne les

pouvoir plus réduyre sinon par la force, il a esté donné quelque

parolle là dessus, qui a beaucoup contanté les poursuyvans. Et a l'on

mis en avant je ne sçay encores bonnement quoy, sur la nouvelle qui

est arryvée de la mort de Mr de Boillon[3], touchant ses deux places

de Sedan et de Jamays.

[3] Henri Robert de La Mark, duc de Bouillon, mort le 2 décembre

1574.

Et le cinquiesme de ce moys est arryvé, en ceste ville, ung provençal,

nommé Pierre Garnier, de Marseille, qui monstre estre assés habille

homme et homme d'affères; lequel dict que, voyant la guerre en son

pays, il avoit volontiers prins l'occasion de s'en esloigner, soubz

prétexte de marchandise, et qu'il attandoit de bref ung navyre sien

qui luy estoit de grande importance. Et incontinent est allé trouver

Mr de Méru, feignant toutesfoys d'estre homme fort indifférent, et de

n'avoyr poinct sceu que Mr de Méru fût icy, mais que, pour avoyr esté

d'autresfoys fort cognu de Mr Dampville, il luy vouloit bien fère la

révérance, et luy a faict les forces de son dict frère fort grandes,

de vingt mille harquebusiers et troys mille chevaulx. Dont, bientost

après, le dict sieur de Méru est allé à Ampthoncourt négocier quelque

chose là dessus avec ceste princesse et avec ceulx de son conseil; et,

encores depuis, il y est retourné, quand l'homme du docteur Dayl a

esté arryvé, avec la dépesche de son maistre, du XXIXe du passé, par

la quelle il assure que Mr le cardinal de Lorrayne estoit trespassé le

jour de Noël, qui a esté une nouvelle à ceulx cy non mal agréable, à

cause de la Royne d'Escosse, mais j'assure fort que je n'en ay poinct

de confirmation. Et semble que le dict Sr de Méru se prépare pour

retourner de bref en Allemaigne, et m'a l'on dict qu'il emmeyne

avecques luy le jeune Montgommery, frère puyné de celluy qui s'en est

retourné à la Rochelle avecques sa femme.

Le susdict ambassadeur d'Angleterre avoit desjà escript, icy, du

deppart des depputez de Languedoc, en une certeyne façon qui faisoit

assés doubter que vous desirissiés la paix; mais j'ay faict voyr que

nul ne debvoit trouver estrange si aviez renvoyé les dictz depputez

sans leur accorder celle convoquation qu'ilz demandoient estre faicte

à Nismes; car, oultre qu'elle tiroit les choses en longueur, vous leur

avez proposé d'autres expédientz qu'ilz n'avoient poinct rejettez,

lesquelz ilz estoient allez conférer avec ceulx qui les avoient

depputez, en intention d'incontinent après vous venir retrouver, et

que cepandant vous dellibériez, avec les depputez de Monsieur le

Prince, lesquelz vous attendiez d'heure en heure, de disposer la

matière pour la fère venir à quelque bonne conclusion. Ce qui a, de

rechef, remis ceulx cy en l'opinyon de la paix. Et le mesmes

ambassadeur leur a escript que, depuis la mort de Mr le cardinal de

Lorrayne, l'on en avoit plus d'espérance. Et sur ce, etc. Ce XIIIe

jour de janvier 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 173 / 273 题