AU ROY.

Sire, ayant, par ma précédante dépesche, donné ung bien entier compte

à Vostre Majesté des propos qui ont esté tenuz entre la Royne

d'Angleterre et moy, à ce nouvel an, j'ai depuis travaillé, et fais

tousjours tout ce que je puis pour entretenir la dicte Dame et ceulx

de son conseil aulx meilleurs et plus exprès termes de vostre amityé

qu'il m'est possible, affin qu'ilz ne se layssent conduyre,

d'ailleurs, à fère des dellibérations qui vous puissent estre

nuysibles, ny qui soient pour apporter de l'empeschement à

l'establissement de voz affères. Et bien qu'ilz s'assemblent assez

souvant pour traicter des entreprinses de l'année où nous entrons, si

ne descouvrè je qu'ilz se résolvent, pour encores, à rien de bien

certain, jusques à ce qu'ilz puissent voyr quelle yssue prendra le

pourparlé de paciffication que Vostre Majesté a commancé avec ceulx de

leur religion, car il semble bien, Sire, que la dicte Dame, avec

aulcuns des mieulx intentionnés de son conseil, vous desirent de bon

cueur la réduction de voz subjectz; mais il est bien certain qu'elle

ny pas ung d'eux ne voudroient, en façon du monde, qu'elle advînt par

une deffinition d'armes; et je crains par trop, si le dict pourparler

vient du tout à se rompre, que leurs dictes dellibérations, avec

celles des Allemantz, lesquels, par messagers ordinayres, confèrent

quasy toutes les sepmaynes ensemble, ne se résolvent, en faveur de voz

dictz subjectz, à vous susciter avec eulx une guerre plus longue et

plus pleyne de difficultez et de dangers que n'ont esté les

précédantes. Dont, affin, Sire, que, en tout évènement de paix ou de

guerre, l'on ne puisse ainsy facillement divertyr ceulx cy de vostre

intelligence, comme je voy bien que ceulx qui envyent vostre grandeur,

et ceulx qui la creignent, s'efforcent de le fère, je vous supplye

d'envoyer bientost visiter la dicte Dame, et la requérir de la

confirmation de la ligue; car j'espère, moyennant cella, que je

pourray bien, avec le gentilhomme qui viendra pour cest effect, et

avec celluy qu'envoyerez me succéder, fère en sorte que les aultres

poursuyvans, qui sont à présent icy, demeureront exclus de la pluspart

de leurs demandes; et que je pourray laysser à mon successeur les

choses de vostre service en très bonne disposition par deçà.

En quoy, Sire, pour l'occasion de mon indisposition, laquelle me

rengrège si fort, à toute heure, qu'à peyne ozè je plus habandonner la

chambre, je suis contrainct de presser, plus qu'autrement je ne

ferois, Vostre Majesté, de la venue des dictz deux gentilzhommes,

joinct que Me Wilson a naguyères escript de Bruxelles qu'il avoit

obtenu telle expédition qu'il avoit peu desirer sur toutz les poinctz

de sa légation, et que le commerce d'Anvers estoit réouvert aulx

Angloix, et l'amityé avec le Roy d'Espaigne s'alloit renouer plus

estroictement que jamays, se louant infinyement des bonnes chères et

des festins et accueils et bons trettementz que le grand commandeur et

le duc d'Ascot, et don Bernardin de Mendossa, et aultres seigneurs de

celle court luy avoient faict; ce que venant à estre mis en

comparayson des choses que milord de North a mal rapportées de France,

je sentz bien que quelques ungs s'efforcent d'en relever la part

d'Espaigne par dessus celle de Vostre Majesté, dont est besoing de

quelque ayde et de quelque prompt entretènement pour y remédyer.

Les choses d'Irlande succèdent, à ceste heure, assez heureusement à

ceste princesse depuis la réduction du comte d'Esmont, qui luy a remis

cinq fortz entre mains. Et le comte d'Essex en a gaigné deux ou troys,

et en faict réédiffyer quatre; dont demande, à présent, ung renfort de

soldatz, affin de les garnyr bien très toutz; et si, a prins, à ce que

j'entends, Briant Mac O'Nel, qui est escossoys, prisonnyer. Et le

susdict comte d'Esmont promect qu'il fera bientost réduyre tout le

païs à une bonne tranquillité soubz l'obéyssance de la Royne

d'Angleterre.

L'on dict qu'il est party de Flexingues une flote de dix huict bons

navyres de guerre pour aller courre la coste d'Espaigne, et se

retirer, puis après, en Brouage.

Il y a ung jeune homme, naguyères revenu de la Rochelle, qui rapporte

que Mr de La Noue en est party, avec quarante chevaulx, assez

malcontant des habitants; bien que les ministres font courir le bruict

qu'il est allé, avec troys centz chevaulx, recueillyr aultres troys ou

quatre centz chevaulx en Périgort, et six centz harquebouziers; et

qu'avec ces forces, et aultres qu'il pourra assembler, il dellibère

d'aller combatre Mr de Montpensier, et secourir ceulx qui sont dans

Lusignan. Et sur ce, etc.

Ce VIIe jour de janvier 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 171 / 273 题