Sire, j'entends que, de la lettre que milord de North a escripte, et
du rapport que son frère a faict, il demeure ung très grand et
souveraynement bon tesmoignage de Vostre Majesté en ceste court, et
que toutz deux ont loué bien fort à la Royne, leur Mestresse,
l'honnorable façon de laquelle il vous a pleu recepvoyr sa légation;
et vous ont attribué, sur ce qu'ilz ont peu comprendre de la gravité
de voz responces, et de la dignité de voz actions et de vostre royalle
personne, toutes les excellantes et plus belles parties qui se
pourroient desirer en ung prince. De quoy aulcuns eussent bien voulu
qu'ilz eussent moins dict, et moins escript, et qu'ilz eussent
espargné la vérité; mais ilz ont parlé droictement, et si, ont fort
assuré qu'aviez bonne inclination à la paix, et que néantmoins vous
n'obmettiez une de toutes les provisions qui estoient nécessayres pour
une bien forte guerre; en quoy toutes choses vous y alloient, de jour
en jour, succédant sellon vostre desir. Bien est vray qu'ilz avoient
opinyon que, de la déclaration de Mr Dampville vous pourroit survenir
des difficultez nouvelles, et non petites, en la dicte guerre, et du
retardement beaucoup en la paix, toutesfoys qu'ilz avoient cuydé
sentir que ceulx de la nouvelle religyon ne se fioient que bien à
point de luy, et qu'ilz creignoient que, pour retirer son frère aysné,
et fère revenir ses aultres frères, et accomoder ses affères, il
pourroit bien entreprendre de vous fère quelque extraordinaire service
à leurs despens.
Sur quoy il m'a esté mandé que la dicte Dame avoit seulement respondu
qu'elle s'estoit toujours bien attendue, que vous uzeriés de quelque
bonne démonstration vers elle, mais non de si grande et si pleyne
d'honneur et de faveur, comme aviez faict en l'endroict de son
ambassadeur, dont elle vous en avoit beaucoup d'obligation; et qu'elle
se resjouyssoit bien fort qu'eussiez la volonté d'amortir ces
émotions de vostre royaulme par la voye de douceur, sellon qu'elle
réputoit estre une chose trop plus heureuse que recouvrissiez de voz
subjectz, avec leur amour et bienveillance, en leur donnant la paix,
l'obéyssance naturelle et parfaicte qu'ilz vous doibvent, que si, par
une définition de guerre, vous ne regaignés sur eulx que une
domination pleyne de terreurs, d'espouvantement, et d'indignation
cachée dans leurs cueurs; et qu'au reste elle vouloit suspendre son
jugement du faict de Mr Dampville jusques à ce qu'elle en sceût mieulx
la vérité. Et j'estime, Sire, que les choses demeureront en cest estat
jusques au retour de milord de North, lequel l'on espère que pourra
estre icy à la fin de ce moys.
L'on m'a raporté que ceulx de Poictou et de la Rochelle, par le
discours de leurs lettres, qu'ilz ont escriptes par deçà, du XIIIIe et
XVIIIe du passé, monstrent, à bon escient, qu'ilz desirent la paix; et
que, regardans à plus de choses que ne font ceulx qui les incitent à
la guerre, mandent à leurs agentz que, s'ilz peuvent trouver de bonnes
et seures condicions vers Vostre Majesté, qu'ilz sont toutz résolus
d'y entendre; et que ce sont ceulx de la noblesse qui principallement
les y persuadent. De quoy les ministres de ceste ville, qui creignent
quelque diminution en leur religyon, s'en trouvent grandement
escandalizés, et s'en esmeuvent, plus que je ne le sçauroys dire, et
ne layssent nulle pierre à mouvoir pour interrompre ce bon euvre,
sollicitantz ung chascun, et veillantz, jour et nuict, pour dresser
des remonstrances et une longue responce par dellà, affin d'y divertyr
les gens de bien de ce bon et sainct propos, et les abuser d'une veyne
espérance de secours d'Angleterre, d'Allemaigne et de Flandres; et
font tenir prest ung Lachemaye, qui, naguyères, en est venu, pour le
renvoyer avec ceste ample dépesche. Dont je desireroys, Sire, que
fissiez uzer de quelque dilligence vers les dictz de Poictou et de la
Rochelle, pour prévenir vers eulx la malice des dictz ministres; et,
de ma part, j'essaye bien, par les meilleurs moyens que je puis, de
fère escripre l'agent de la Rochelle et les aultres, qui sont de ce
quartier là, tout au contrayre de leurs dictes dépesches. J'entendz
que, depuis deux jours, les dictz ministres font courir, de main en
main, une déclaration qu'ilz disent venir de Mr le Prince de Condé, et
quelques aultres escriptz que je n'ay peu encores recouvrer; mais je
feray dilligence de sçavoyr que c'est, pour en advertyr Vostre
Majesté.
Il semble que, sur ce malcontantement, que la Royne d'Angleterre a
conceu de la comtesse de Lenox, qu'elle dellibère de renvoyer Me
Quillegreu en Escosse. Je ne sçay à quelles fins; mais je feray
observer l'occasion pour quoy c'est, affin de pourvoyr, le mieulx que
je pourray, qu'il n'en viegne détriment à vostre service. Et sur ce,
etc.
Ce XXIIe jour de novembre 1574.
La dicte Dame et les siens sont aulcunement espouvantez des
prodiges, qui apparoissent par deçà; et mesmes que, depuis la
double marée, du VIe de ce moys, il a esté veu de grands
brandons de feu, en l'ayr, qui ont rendu les deux nuicts, du
XVe et XVIe du présent, aussi lumineuses et clères comme de
plein jour, encor qu'il ne fît poinct de lune. Et ont continué
les dictz feux, en diverses figures, depuis les deux heures
après minuict, jusques envyron les huict heures du matin, que
le soleil estoit desjà bien haut. Sur quoy, aulcuns
astrologiens de ce royaulme ont esté mandez; mais ne sçay
encore quelle signiffication ils y donnent.