Sire, pour davantage recognoistre si le fondz de l'intention de ceste
princesse estoit semblable aulx bonnes responces qu'elle m'avoit
dernièrement faictes, quand je luy présentay vostre lettre, j'ay mis
peyne, sur l'occasion des aultres deux lettres, qu'avez escriptes à
ses deux principaulx conseillers, de négocier et fère négocier bien
estroictement, avec eulx, en termes si clers que je les ay contreinctz
de parler clèrement.
Et, en substance, il s'est recueilly de leur dire qu'ilz estiment que
leur Mestresse et eulx ont très juste occasion d'avoyr les
dellibérations qui se font près de Vostre Majesté, et les entreprinses
à quoy ilz voyent que Vostre Majesté se prépare, pour bien fort
suspectes, tant pour la source d'où ilz disent que dérivent voz
conseilz, qui est du Pape et du Roy d'Espaigne, et d'aulcuns des
vostres desquelz ilz ont une merveilleuse deffiance, que pour les
objectz qu'il leur semble bien qu'ilz vous pourront mouvoir
d'entreprendre contre ce royaulme pour la cause de la religyon, et
pour la détention, qu'on y faict, de la Royne d'Escosse; et que, là
dessus, ilz ne me veulent nullement dissimuler qu'ilz ne veillent, et
qu'ilz ne consultent, dilligemment et souvant, comme ilz pourront fère
que ceulx de leur dicte religyon ne souffrent tant de détriment,
ailleurs, que l'orage en puisse, puis après, venir fondre, icy, sur
eulx; et comme ilz pourront pourvoyr que les grands dangers, qu'ilz
ont tousjours jugé très imminentz à la Royne, leur Mestresse, et à son
estat, si elle ne se tenoit bien assurée de la Royne d'Escosse, ne luy
survenoient; et qu'en cella ilz ont réputé nécessayre, touchant le
premier poinct, d'en entendre l'advis de ceulx qui sont en mesme
cause, et en pareille condicion que eulx, et, par ainsy, d'en conférer
avec les princes protestantz; et, quand au second, de adhérer à ceulx
des Escossoys qui conviennent, mieulx que les aultres, avec le repos
de l'Angleterre; et, pour toutz les deux poinctz ensemble, ilz ont
estimé bon de renouveller les anciennes amityés, et en fère de
nouvelles et regaigner les perdues, le plus tost et le mieulx qu'il
leur seroit possible; mesmement qu'ilz estoient incertains à quoy
inclineroit Vostre Majesté, à vouloir ou ne vouloir poinct
l'intelligence de ce royaulme. Et néantmoins, encor que desjà il y eût
de ces choses qui fussent beaucoup advancées ailleurs, il y en avoit
aussy, et de plus importantes, qui restoient en suspens, pour attandre
l'évidence de voz actions; et qu'ilz ne doubtoient nullement, si,
après ceste bonne lettre qu'avez escripte à leur Mestresse, il vous
plaisoit luy fère voyr une suyte de vostre bonne intention, et de voz
bons effectz vers elle, qu'elle ne se disposât en si bonne sorte, vers
voz affères, que vous la trouveriez, à toutes occasions, preste de les
segonder, et de procurer l'establissement et le progrès de vostre
grandeur; et que, sans difficulté, elle vous accorderoit la
confirmation de la ligue, si la luy envoyés ainsi honnorablement
demander, comme le traicté monstre qu'il touche à vous de le fère;
mais qu'ilz me vouloient bien advertir qu'ilz ne la pouvoient
conseiller de demeurer longuement sur l'incertain, parce que la sayson
ne portoit qu'on se deût arrester à simples parolles: dont failloit
que j'advisasse de haster, le plus que je pourrois, ce qui se debvoit
establir entre vous.
Qui sont propos, Sire, fort conformes à ceulx que la dicte Dame m'a
tenus, aulxquelz je n'ay deffailly de suffizante réplicque; car la
matière et les bonnes raysons ont abondé de mon costé: et pense
qu'elles ont esté de quelque moment, et mesmement à divertyr le voyage
de Me Wilson en Flandres, aulmoins l'ont elles retardé. Mais, sur les
dictz propos, j'ay à dire à Vostre Majesté que, au retour de milord
de North, il se doibt fère, icy, une grande résolution des choses
appartenantes à ceste présente guerre, qu'ilz appellent de la
religyon, sellon que je sçay qu'on a prié des personnages allemantz,
qui sont prestz de partir, qu'ilz vueillent attandre jusques allors.
Dont semble qu'il est expédient, Sire, que la légation de Vostre
Majesté vers ceste princesse suive bientost, et sans intervalle, celle
qu'elle a faicte vers vous. Et de tant qu'elle et les siens sont
merveilleusement tendus sur le faict de la Royne d'Escosse, et encor
plus sur le faict des Escossoys, et qu'ilz veulent pourvoyr, par toutz
les moyens qu'ilz pourront, que ny la personne d'elle, laquelle ilz
ont en leurs mains, ny l'intelligence d'eux, qu'ilz pensent encores
mieulx posséder, ne leur eschapent, sellon qu'à présant ilz ne vivent
en peyne de nul aultre endroict, ayantz réduict l'Irlande, que de ce
costé là; et qu'ilz prétendent d'avoyr, s'il leur est possible, ou le
Prince ou quelque aultre grande chose en gage, pour garder que le pays
ne se destourne de leur dicte intelligence; il sera bon, Sire, que
pourvoyés, le plus tost que pourrés, que celle ancienne alliance,
conjoincte avec authorité, que voz prédécesseurs y ont tousjours
conservée, et qui est deue à vostre couronne, ne vous y soit en rien
diminuée; et qu'à cest effect, en desmellant les aultres choses avec
la Royne d'Angleterre, vous vous esclarcissiés encores avec elle de
ceste cy.
J'ay bien escript, depuis naguyères, à aulcuns seigneurs du pays,
mais, parce que ce a esté par voye secrette, je ne sçay quand j'auray
responce d'eux. Et me vient on d'advertyr qu'il y a grande apparance
que les armes y seront bientost reprinses, parce que quelque mylord y
a esté tué, qu'on dict estre le comte d'Athol; et que c'est le comte
de Morthon qui l'a faict fère; mais je n'ay encores bien la
vériffication de cella. L'on m'a desjà promis le passeport, icy, pour
envoyer voz lettres au jeune Prince d'Escosse et au dict de Morthon;
mais je me trouve en celle mesmes difficulté, que j'ay cy devant
mandée, que le dict de Morthon ne voudra recepvoir, ny mesmes
souffrir, qu'aulcun entre au païs, qui ayt adressé au dict Prince,
sinon comme à Roy, ny à luy, sinon comme à régent, et les lettres de
Vostre Majesté n'ont pas celle intitulation.
Et, au regard de l'autre lettre, qu'avez escripte à la Royne
d'Escosse, parce qu'on avoit desjà octroyé passeport au frère de son
chancellier, présidant de Tours, pour luy aller porter quelques
besoignes, lequel est encores icy, l'on a desiré que je fisse fère,
par luy mesmes, le message. A quoy, pour n'augmenter les escrupulles
de ceste princesse, lesquelz, par occasion nouvelle, qui a procédé de
la duchesse de Suffolk, se sont, puis peu de jours, rengrégés, oultre
la générallité de ceulx qu'elle a tousjours non petitz de Vostre
Majesté, je m'y suis condescendu.
Et, quand à esclarcyr davantage Voz Majestez sur l'advertissement de
prendre garde à voz personnes, j'ay singullièrement recherché de
ceulx, d'où cella estoit venu, de m'en dire la particullarité. Et ilz
m'ont séparément confirmé, qu'après qu'il se sceut, icy, que les
empeschementz qu'on croyoit fermement qui deussent retarder vostre
retour estoient ostez, qu'il y eut de ceulx qu'ilz appellent
Puretains, qui tindrent des propos fort meschantz et malheureux,
disantz qu'il n'importoit pas beaucoup que vous fussiez venu, car
bientost l'on verroit ung semblable jugement sur vous, et sur la
Royne, vostre mère, qu'on avoit veu sur le feu Roy, vostre frère; et
qu'il ne falloit destendre le tabernacle qui avoit esté dressé pour
ses obsèques, parce que l'on y auroit bientost à cellébrer les
vostres, et aultres motz tendantz à mesmes effect; de façon que,
s'estantz eulx donnés une grande peur du danger de Voz Majestez, ilz
avoient bien volu fère en sorte que je vous advertisse d'y prendre
bien garde, et que, quand ilz en entendroient davantage, et de plus
expécial, qu'ilz me le feroient incontinent sçavoyr. A quoy pouvez
croyre, Sire, que je n'auray l'œil et le cueur moins tendus, que si
c'estoit pour ma vye et pour le mesmes salut de mon âme.
Mr le vidame de Chartres s'est enfin embarqué, le XXXe du passé, avec
la pluspart de toutz ces françoys qui restoient icy, et est passé à
Fleximgues devers le prince d'Orange. Il m'a promis qu'estant là, et
lorsqu'il sera près du comte Palatin, où il prétend d'aller, il
s'efforcera de vous fère cognoistre qu'il a toute dévotion à vostre
service et à la paix de vostre royaulme; et que, de Hollande en hors,
il dépeschera ung des siens devers Vostre Majesté. Néantmoins l'on m'a
adverty qu'ainsy qu'il entroit dans son navyre, celluy Rua, que j'ay
cy devant mandé, qui estoit allé en Allemaigne, est arryvé, et qu'il
s'en est retourné avecques luy en Zélande; mais qu'il doibt bientost
revenir, et qu'on a entendu qu'il a dict que les choses se portoient
très bien, là où il avoit esté, ce qu'on juge estre qu'il y a des
forces prestes en Allemaigne pour ceulx de leur religion. Sur ce, etc.
Ce IIIe jour de novembre 1574.