A LA ROYNE, RÉGENTE.

Madame, premier que milord de North soit party, il m'est venu visiter,

et m'a discouru, en général, de la bonne intention que la Royne, sa

Mestresse, a vers le Roy, vostre filz, et comme elle desire

infyniement de se maintenir en bonne paix avecques luy, et garder

inviolablement avec Vostre Majesté la vraye amityé que vous vous

estes, longtemps y a, promise l'une à l'autre, et estreindre, s'il est

possible, plus fort que jamays, celle en quoy il vous a pleu nourrir

tousjours toutz Noz Seigneurs, voz enfantz, avecques elle; dont, s'il

peut vous bien explicquer sa commission, tout de mesmes que la dicte

Dame la luy a donnée là dessus, il ne faict aulcun doubte que n'en

demeuriez très assurée; et que, de sa part, il s'en va très dellibéré

de fère, en cest endroict, les meilleurs et plus exprès offices qu'il

pourra.

De quoy je l'ay bien fort remercyé, et, après luy avoyr faict aulcunes

remonstrances sur les escrupulles qu'on vous avoit suscités, de ce

costé, je l'ay exorté de se déporter en façon que, en France et icy,

l'on ayt à se louer de son élection à ceste charge. Et parce qu'ung

mien amy m'a adverty que, le propre jour que sa dicte Majesté l'a

licencié, elle a monstré d'estre aulcunement en peyne de ce que je ne

luy allois annoncer l'arryvée du Roy à Lyon, ny luy fère entendre

aulcune chose, de sa part; et qu'il y en y avoit, de ceulx qui

aspirent à la retirer de l'intelligence de France, qui s'efforçoient

de luy en fère une maulvayse interprétation; j'ay, soubz prétexte de

visite, envoyé dire à ses plus expéciaux conseillers que je

n'attandoys que l'heure qu'il m'arrivast une dépesche du Roy, vostre

filz, pour aller trouver la dicte Dame; et que Vostre Majesté m'avoit

escript, du VIIIe du passé, qu'il estoit desjà arryvé à Lyon, mais

qu'il estoit si empressé, à ce commancement, qu'il n'avoit encores peu

ouyr le gentilhomme que je luy avoys dépesché, néantmoins que, dans

deux jours, ou troys, il les ouyroit à loysir, et puis me manderoit,

par luy mesmes, ce qu'il voudroit que je fisse sçavoyr, de sa part, à

la dicte Dame; et que cependant je ne fallisse de vous escripre à

toutz deux du bon portement d'elle et de sa santé, dont les priois de

m'en vouloir mander.

Sur quoy, après avoyr conféré avec elle, ilz m'ont mandé, par mon

secrettère, qu'elle avoit eu très agréable ceste mienne dilligence, et

s'en estoit plus grandement resjouye qu'ils ne le me sçauroient dire,

et desiroit que j'eusse de quoy lui venir bientost compter des

nouvelles du Roy, vostre filz, et que je les luy peusse tesmoigner

aussy bonnes, comme elle les souhaytoit pour elles mesmes. Puis l'ung

d'eux m'a mandé qu'elle n'avoit, en chose de ce monde, aujourdhuy, le

cueur si tendu qu'à ouyr jusques aulx moindres particullaritez qui

venoient de luy; et qu'il me pouvoit assurer que, de beaucoup de

demandes qu'on luy avoit faictes depuis peu de temps en çà, elle

s'estoit tenue ferme à n'en vouloir accorder aulcune, au préjudice de

luy, que premièrement elle ne voye comme il se voudra déporter vers

elle.

Néantmoins, Madame, je mettray, icy, ceste digression qu'on m'a

adverty d'ailleurs qu'indubitablement les agentz des princes

d'Allemaigne s'en sont retournés bien contantz des bonnes parolles et

promesses qu'elle leur a données; et les dictz conseillers ont

davantage dict à mon dict secrettayre qu'ilz avoient entendu que le

Roy, vostre filz, desiroit bien fort la paix; néantmoins que les

grosses forces, qu'il faysoit marcher, leur faysoient souspeçonner la

guerre, et qu'on leur avoit dict qu'il se rendoit beaucoup plus assidu

en ses affères que n'avoient faict ses prédécesseurs; et néantmoins se

monstroit plus grave, et de difficile accès, que nul d'eux, et que

leur Mestresse et eulx estoient à regarder, avec le reste de la

Chrestienté, comme il formeroit ses affères, à ce commancement, affin

de fère une conséquence comme ilz auroient à procéder tout le reste de

son règne.

J'ay, à deux jours de là, renvoyé, encores une aultre foys, devers

eulx, pour impétrer aulcunes honnestes et bien raysonnables demandes,

que j'avoys à fère à leur dicte Mestresse et à eulx, pour la Royne

d'Escosse, vostre belle fille, et pour leur fère voyr ung cahier de

plainctes que Mr de La Melleraye m'a envoyé. Et sur ce, etc.

Ce Xe jour d'octobre 1574.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 123 / 273 题