Madame, en attendant d'avoyr bientost la certitude de la bonne et
desirée nouvelle que le Roy, vostre filz, soit entré en son royaulme,
laquelle se faict desjà aulcunement confesser par ceulx qui plus
opinyastroient qu'elle n'adviendroit jamays, j'ay faict sçavoyr à la
Royne d'Angleterre ce que Vostre Majesté m'en avoit escript, du
dernier du passé, laquelle a monstré non seulement d'en estre bien
ayse, mais a faict grand signe d'allégresse de ce qu'il ne pouvoit
apparoir qu'il y deût plus avoyr de difficulté, ny de retardement, en
son voyage; et s'est efforcée de donner à cognoistre à ung chascun que
véritablement elle avoit grand playsir du retour de ce prince; et a eu
à dire plusieurs choses, de la vertu et du bonheur qui accompaignent
ses entreprinses, et du contentement qu'elle aura d'estreindre une
bonne amityé avecques luy, si, d'avanture, il ne veult point mespriser
la sienne. Et m'ont ceulx de ce conseil envoyé curieusement demander
si Voz Majestez s'achemineroient bientost vers Reims, ou bien si elles
prendroient aultre chemin, affin de pouvoir mieulx ordonner du
partement du millord qui vous doibt aller trouver. Je leur ay respondu
cella mesmes que j'ay veu, par vostre lettre, que en aviés desjà dict
à leur ambassadeur; et aulcuns d'eulx m'ont, d'abondant, faict part de
celle légation ouverte, que les agens des princes d'Allemaigne,
lesquelz sont encores à la suyte de ceste court, ont faicte à la dicte
Dame: qui m'ont mandé que c'estoit en la propre forme que je l'ay
desjà escript par mes précédentes, du XIXe du présent, mais ne m'ont
rien touché de leur aultre secrette négociation; dont a esté besoing
que je l'aye recherchée d'ailleurs.
Il est bien vray que touts mes advis se rapportent à ce que ceste
princesse conviendra sans doubte avec les dictz princes de fère
remonstrer au Roy, vostre filz, plusieurs choses, touchant le
soulagement des Protestantz, et d'establir, pour le regard de l'estat
de la religyon, une paix publicque en la Chrestienté; mais que, pour
encores, elle ne résouldra rien, ny de guerre, ny de paix, ny de
ligue, ny de contributions de deniers, là dessus, avec les dicts
princes, qu'elle ne voye plus avant comme le Roy se déportera vers
elle. Qui cognois bien, Madame, que quelle démonstration qu'elle face,
elle ne peut encores prendre assés de confiance de luy, tant pour les
choses qui ont passé au propos d'entre eulx deux, que pour se
représanter encores en l'esprit ce qu'elle a d'autrefoys creu, que la
Royne d'Escoce luy avoit cédé le droict et le tiltre qu'elle prétend
en ce royaulme, se persuadant la dicte Dame que le mesme conseil,
duquel il se conduysit lors, ez dicts deux affères, est en plus
d'authorité qu'il ne fut jamays près de luy. Sur quoy je n'ay obmis
une seule de toutes les démonstrations, dont j'ay peu user à elle et
aulx siens, que je ne les leur aye franchement déduictes, pour les
divertyr de ceste opinyon. Néantmoins ilz ne cessent, sur ce retour de
Me Quillegreu, sellon qu'on m'en a adverty, de dellibérer chaudement
comme ilz pourront avoyr le Prince d'Escosse par deçà, bien que la
dicte Dame tient cella aulcunement suspect pour elle, et n'y entend
qu'à regret. Mais il y a grand apparance que les persuasions des
Protestantz, lesquelz veulent fère nourrir ce petit prince à leur
mode, comme celluy qu'ilz réputent desjà aparant successeur de ce
royaulme, et qui remonstrent que c'est la principalle seureté de ceste
princesse, et de son estat, que d'avoyr la mère et le filz en ses
mains, la facent enfin condescendre à leur intention, mesmement s'ilz
trouvent que les choses ne soient trop difficiles, du costé d'Escosse.
Et y en y a aulcuns qui estiment qu'on essayera de tretter cella avec
la Royne d'Escoce mesme, avec promesse de luy amplyer sa liberté, si
elle le veult consentir; et que, pour le mieulx conduyre, l'on a
trouvé moyen de fère persuader, par la duchesse de Suffolc, laquelle
n'ayme poinct la Royne d'Escoce, au comte et comtesse de Cherosbery,
en faysant le mariage de leurs enfans, qu'ilz feront bien de remuer la
Royne d'Escoce au chasteau de Pontfroid, qui est l'une des maysons de
la Royne d'Angleterre; ce que je ne sçay encores bien au vray si tout
cella succèdera.
Tant y a qu'ayant desjà faict dire, en passant, au comte de Lestre que
j'en avois eu le vent, mesmement du faict du petit Prince, et que
c'estoit chose qui ne se pourroit conduyre sans offancer le Roy,
lequel estoit le principal alié de la couronne et des Princes
d'Escosse, il m'a seulement mandé que je réputois sa Mestresse et
ceulx de son conseil plus sages et plus pourvoyans qu'ilz n'estoient,
et que, pleût a Dieu, qu'ilz peussent avoyr le dict Prince, sans m'y
respondre rien davantage. Et me vient on de dire qu'on est après à
fère une dépesche pour renvoyer le dict Me Quillegreu, de rechef, par
dellà. Il sera bon, Madame, que, sur l'occasion de ce que Mr de Glasgo
remonstrera au Roy, en sa première audience, Voz dictes Majestez
parlent ung peu de bonne sorte à l'ambassadeur d'Angleterre des
affères d'Escoce, et de l'estat de la Royne et du Prince du dict pays,
affin d'arrester les instantes poursuites de ceulx cy: vous ayant à
dire au surplus, Madame, qu'on avoit trouvé moyen de fère constituer
prisonniers aulcuns de ceulx qui forgent par deçà celle faulce
monnoye, dont, par mes précédentes, je vous ay faict mencion, mais ilz
ont esté assez tost eslargis par secret mandement d'aulcuns de ce
conseil; ce qui me faict avoir davantage suspecte l'inique et
meschante provision de deniers qu'ilz font, laquelle j'entendz, quand
à ce qui s'en bat du coing de France, que c'est de celluy du feu Roy,
dernier décédé, dont je mettray peyne d'en recouvrer quelque pièce si
je puis, pour vous en envoyer la monstre. Et sur ce, etc.
Ce XXIVe jour de septembre 1574.
Depuis ce dessus, j'ay eu advis de ceste court de deux choses:
l'une est que la dépesche qui y est arryvée de Mr le docteur
Dayl, du Ve du présent, y a suscité beaucoup d'escrupulles de
la dellibération, qu'il mande que le roy aporte d'Italye
contre les Protestantz; et l'aultre, que, en Irlande, le comte
d'Esmond ayant esté attiré à parlementer, il a esté, soubz
parolle de paix, détenu prisonnyer, et le conduict on
maintenant soubz bonne garde par deçà. Je mettray peyne de
vériffier l'une et l'autre nouvelle pour vous en mander plus
de certitude par mes premières.