Madame, ayant, le tréziesme du présent, receu la dépesche de Vostre
Majesté, du Ve, j'ay incontinent envoyé là, où j'ay quelque
intelligence, pour fère dilligemment observer les choses aulxquelles
me commandiés prendre garde. Et j'ay trouvé que, sur ung pacquet qui
est arryvé, à ceste princesse, le IXe de ce moys, de son ambassadeur
qui est en France, elle luy a incontinent renvoyé son secrettère
Thomas Wilx, celuy mesmes, à mon advis, dont Vostre Majesté m'a cy
devant faict mencion, lequel est party de ceste ville, le XIIe, mais
non en grande dilligence, car a emmené deux hacquenées, comme s'il
alloit à journées; et a esté conférer avec les ministres et aultres
principaulx françoys de la nouvelle religyon, qui sont encores icy,
sans passer nullement devers moy, bien qu'on m'eût assuré qu'il luy
seroit commandé de le fère. Et, bien peu d'heures après, ung allemant,
d'assez bonne apparance, qui estoit party de Paris, le Xe, est arrivé
icy, le tréziesme fort matin; et incontinent, a passé oultre vers
ceste court, à Bristo, où j'ay aussytost dépesché de mon costé, affin
d'estre adverty comme et avec qui il négocyera. Et n'est pas à croyre,
Madame, combien la venue du Roy, et les levées des reytres et suysses,
qui sont entrés, pour son service, en France, meuvent diversement les
affections de ceulx cy, et font diverses impressions en eulx, et en
ceulx des aultres nations, françoys, allemans, flammants, et encores
italiens et hespaignols, qui sont en ceste ville; dont se faict
plusieurs discours, et beaucoup de gageures, entre eulx, sur ce qui
debvra advenir. Et cependant ceulx de la nouvelle relligyon ont
envoyé, en Hambourg et Emdhem, fère provision d'armes et de poudre, et
de monitions de guerre, et en cherchent de toutes partz, secrettement,
en ce royaulme, pour envoyer à la Rochelle.
Les depputés qui vacquoient icy, pour le Roy d'Espaigne, sur les
différends des Pays Bas, se sont condescendus presque à tout ce que
les Angloix ont voulu, réservé à ung seul poinct, sur lequel eulx et
les principaulx marchands de ceste ville sont allez trouver les
seigneurs de ce conseil, à Bristo, qui les en mettront, ainsy que
chascun pense, fort facillement d'accord.
L'on commance fort à doubter de la venue de l'armée d'Espaigne,
s'entendant que celle du Turc va à Tuniz; et que desjà la sayson, pour
venir par deçà, s'en va passer. Néantmoins Goaras dict qu'il luy est
arryvé ung pacquet du Roy d'Espaigne, qui s'adresse à Péro Mélendès,
pour le luy dellivrer, au premier port que l'ung de ses vaysseaulx
abordera, en ce royaulme; par où il publie que l'armée estoit desjà
partye. Et sur ce, etc.
Ce XVIIe jour d'aoust 1574.