Sire, le jeudy de la sepmayne saincte, et non plus tost, est arrivée à
ceulx cy la certitude de la descente du comte de Montgommery en
Normandye, et de la surprinse qu'il a faicte de Quarantan; et
j'entendz que le mesme advis porte qu'il estoit bien près d'avoyr
aussy Valoignes, et que Mr de Torcy avoit parlé à luy, le XXIIe du
passé, et luy avoit monstré des articles, de la part de Vostre
Majesté, aulxquelz il avoit faict la responce, qu'il a mandée par
deçà; et que son frère avoit été tué, de guet à pens, par le
commandement de la Royne. Dont vous puis assurer, Sire, que ceste
princesse et ceulx de son conseil ont faict grande démonstration
d'estre fort malcontantz du dict comte, et m'avoit esté donné
espérance qu'il luy seroit escript de s'en retourner, et d'amander la
faulte qu'il avoit faicte, ou aultrement, que la dicte Dame s'en
ressantiroit; dont suis attandant ce qu'elle y voudra fère, car n'a
encores bien résolu, en son conseil, comme y procéder. Et je vous
supplye très humblement, Sire, vous souvenir comme, dès le
commancement de janvyer, je vous advertys du voyage du dict de
Montgommery à Gersé, et comme il falloit que le fissiés observer de
dellà, parce qu'il estoit tout auprès de vostre coste, et bien fort
esloigné d'icy, et que mandissiés advertyr, tout au long des places de
la mer, de se tenir bien sur ses gardes; dont je fus infinyement ayse,
par une dépesche du moys de febvrier dernier, que Vostre Majesté me
mandoit d'y avoyr très bien pourveu.
Or, Sire, ce que j'estime pouvoir maintenant fère est de retenir ceste
princesse, et pareillement ceulx de voz subjectz, qui sont encores par
deçà, le plus que je pourray, en vostre dévotion, et garder qu'ilz ne
suyvent ny favorisent l'entreprinse du dict de Montgommery. En quoy
j'ay faict desjà, et continueray ordinayrement de fère, les plus
exprès et les plus ardentz offices qu'il me sera possible. Et, quand à
l'heure présente, je ne sçaurois desirer rien de mieulx, de ceste
princesse, que ce que sa parolle et tout son semblant monstrent de
vouloir fère bonnement pour vous, en l'occurrence de voz présentz
affères; et que, pourveu que luy faciés sçavoyr, ou bien qu'elle
puisse cognoistre ce que desirés d'elle, elle promet de très
volontiers s'y employer.
Ung de ses principaulx conseillers, sur une nostre privée
communicquation, m'a faict sçavoyr que la dicte Dame et ceulx de son
conseil ne furent oncques mieulx disposés qu'à présent au propos du
mariage, parce qu'ilz prévoyent, plus que jamays, par une occulte
nécessité qui est dans cest estat, qu'elle et toutz eulx sont ruynés,
si elle ne se marye. Et néantmoins il leur semble que le docteur Dayl
y a senty du réfroydissement, de vostre costé, non que les termes,
dont Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy avez uzé, en sa
dernière audience, n'ayent esté bons et fondés en rayson, mais il luy
a semblé n'y avoyr cognu la mesmes affection que devant; et qu'icelluy
conseiller desireroit, au cas que Voz Majestez ne peussent, pour
encores, s'approcher de ceste frontyère, qu'elles fissent aulmoins
venir Mon dict Seigneur le Duc à ceste entrevue privée; où il me
pouvoit assurer qu'il seroit receuilly et reçu de bon cueur; et que
desjà ceste princesse avoit préparé ce qui faysoit besoing pour aller
là où elle prétandoit de le rencontrer; et, quoy que ce soit, il me
vouloit assurer, sur son honneur et sur le péril de son âme, que la
dicte Dame ny ceulx de son conseil n'estoient consantz, ny sçavantz,
de l'entreprinse du dict de Montgonmery, ains se tenoient fort
offancés de ce qu'il l'avoit faicte; et que c'estoit chose très
assurée qu'il n'avoit admené ny hommes, ny monitions aulcunes, de ce
royaulme, et n'en tireroit la valeur d'ung soul; comme à la vérité,
Sire, sellon le rapport que j'ay de l'estat du pays d'Ouest, il ne s'y
prépare, pour encores, rien en faveur de luy. Et sur ce, etc.
Ce XVe jour d'apvril 1574.