Sire, je n'ay, par ceste dépesche, à mettre ny oster rien de ce que,
par la précédante, du XVIIe du présent, je vous ay escript touchant
l'entrevue, sinon de vous confirmer qu'il est besoing que Vostre
Majesté se détermine à la consentir, ou bien laysser à tant le propos,
car ceste princesse est très fermement résolue de ne passer oultre,
sans voyr Monseigneur le Duc; et encores, si, en le voyant, l'on
pouvoit estre bien assuré qu'elle procèderoit incontinent à la
conclusion du mariage, le voyage ne seroit tant à regretter, mais, en
l'incertitude où elle vous en laysse, avec l'accoustumée instabilité
de deçà, je ne voy sinon que, pour parvenir là où Mon dict Seigneur le
Duc prétend, il fault, par nécessité, ou qu'il azarde de venir
incertain, ou qu'il quitte du tout son entreprinse. Et vous puis
assurer, Sire, que la dicte Dame s'attand, sans aulcun doubte, qu'il
viendra, et qu'elle sera preste de s'approcher, quand elle en aura
plus de certitude, vingt ou vingt cinq mille vers Douvre pour le
rencontrer.
La nouvelle s'augmante, de jour en jour, icy, des désordres et
troubles qui multiplient en vostre royaulme; qui est cause que
plusieurs angloys commancent de solliciter des moyens et des
provisions de ceste court, pour pouvoir aller par dellà se joindre à
ceulx de leur religion, et d'aultres praticquent d'avoyr des
commissions pour armer des vaysseaulx; et aulcuns en y a qui mettent
en avant qu'il seroit bon d'en accommoder de quelque nombre le comte
de Montgommery, ensemble de quelques hommes et deniers, affin qu'il
peût maystriser ceste mer estroicte, et entreprendre quelque descente
en France, là où il verroit le pouvoir mieulx fère à son advantage;
mais il semble qu'il ayt escript, de Gerzé, qu'encor qu'on ayt voulu
attempter à sa vye, qu'il ne remuera rien contre Vostre Majesté, qu'il
ne voye comme les choses yront plus avant, et comme il vous plerra
uzer vers luy; car veult estimer que cella n'est procédé aulcunement
de vostre commandement. Néantmoins, Sire, je l'observeray, le plus
qu'il me sera possible; car l'on m'a adverty qu'il a envoyé icy fère
quelque provision de pistollés et d'harquebouzes; et je voy bien que
ceulx cy, de leur costé, poursuyvent de garnyr d'artillerye, d'armes
et de tout aultre fourniement nécessayre, tous leurs grandz navyres de
guerre, réservé d'y mettre les vivres et le nombre d'hommes qui faict
besoing, car cella est remis à quand il sera temps. Et dellibèrent
cepandant de mettre la flotte en deux, pour en envoyer tenir la
moictyé à Portsemue, vis à vis du Hâvre de Grâce, et l'aultre moictié
restera à Gilingam, où, de présent, elle est. Et m'a l'on dict que,
depuis huict jours, il a esté dépesché, de ceste ville, une lettre de
crédict, de soixante mille escuz, pour Francfort.
Je viens d'entendre que sept ou huict bretons sont arrivés, desquelz
l'on présume que l'ung d'eux a charge d'aller devers le prince
d'Orange, pour emprunter des navyres de guerre, mais je n'ay encores
vériffyé cella. Bien m'a l'on dict que le susdict prince a mandé
comparoir, à certain prochain jour, en Hollande, où il s'en est
retourné, toutz les vaysseaulx qui s'advouent à luy, soubz prétexte de
leur vouloir bailler ung règlement sur le faict de la navigation et
sur les prinses, affin qu'ilz ne se portent plus en pirates, avec
intention de déclarer désavouez ceulx qui ne comparoistront. Je ne
sçay si, lors, il fera quelque autre dellibération. Les angloys qui
s'estoient embarqués, icy, pour luy, sont arrivés à Fleximgues, et s'y
en est trouvé le nombre de sept centz soldatz completz, quand ilz sont
descendus de dellà, qui incontinent ont receu paye; dont l'entreprinse
qu'on m'avoit adverty, sur Callays, est, pour ce regard, passée.
Les choses d'Escosse s'entretiennent encores en quelque repos, bien
que l'on m'a dict que les bourgoys et marchandz, et le commun du pays,
vont faysant une secrette ligue contre le comte de Morthon, pour les
grandes exactions qu'il faict sur eulx, et qu'ilz ne veulent plus
souffrir qu'il aille ainsy, de lieu en lieu, tenir la justice pour les
piller et ruyner, comme il faict, et que les principaulx de la
noblesse sont toutz retirés en leurs maysons. Milord trésorier a
observé, luy mesmes, le temps de pouvoir présenter, bien à propos, la
lettre de la Royne d'Escosse à la Royne, sa Mestresse; et m'a mandé
qu'il la luy avoit faicte lyre toute entièrement, et qu'elle l'avoit
trouvée en termes si honnestes, et escripte de si bonne façon, qu'il
me pouvoit assurer que cella avoit beaucoup regaigné le cueur de sa
Mestresse, et que les choses alloient, à présent, assés bien, et
espéroit qu'iroient encores mieulx, entre elles deux. Sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de mars 1574.