Sire, la dépesche de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, laquelle le
cappitaine Mazin m'a rendue le VIIIe d'estui cy, m'a esté ung argument
tout à propos pour aller trouver ceste princesse, à laquelle j'ay
faict entendre que les choses de la Rochelle avoient passé et estoient
maintenant en l'estat que me l'avez mandé, et luy en ay faict voyr le
mémoire que j'en ay trouvé dans vostre pacquet, ensemble ung extraict
de celle partye de vostre lettre qui en parle en très bonne façon. Et
ay estimé, Sire, qu'il estoit expédient d'en uzer ainsy, parce que je
sçavoys bien que desjà l'on en avoit parlé, tout aultrement que de ce
qui est, à la dicte Dame; et que ceulx, qui craignent le succès du
propos de Monseigneur le Duc, luy avoient discouru que vostre
lieutenant en Poictou n'eût jamays ozé attempter à la surprinse de
ceste ville, ny à rompre vostre édict, ny n'eussent, deux ou trois des
compagnyes de voz ordonnances, marché jusques bien près du lieu, sans
commandement de Vostre Majesté; et avoient faict, de cella et de
l'armement qu'ilz disent qui s'appreste en Normandie, et de la prinse
de huict ou dix navyres angloys qui ont esté nouvellement combatus, à
leur retour de Bourdeaulx, par des navyres françoys qui les ont
ammenés, une grande déduction à la dicte Dame pour luy imprimer que,
en nulle sorte, se pourra jamays bien establir amityé, aulmoins qui
soit de durée, entre Vostre Majesté et les Protestants; dont, par les
arguments que je luy ay admenés au contrayre, qui ont esté les plus
vifs que j'ay peu, j'estime luy avoir beaucoup diminué ceste opynion.
Néantmoins, de ces accidants et de ce que, possible, son ambassadeur
luy a escript, elle a encores ceste foys différé de me faire sa
responce, bien que je l'en aye extrêmement pressée, et que mes
instances n'ont esté petites, et que je sçay bien que, dès devant
hier, ses conseillers luy avoient, là dessus, donné leur advis
conforme, ainsy que j'entends, à ce qu'ilz avoient tousjours
conseillé: qu'elle se debvoit marier et qu'elle debvoit entendre à
cest honnorable party de Monseigneur, pourveu qu'elle s'en peult
complayre. Mais elle m'a remis à Hamptoncourt, s'excusant que, à cause
que le souspeçon de peste la contreignoit de partir trop soubdain
d'icy, et qu'aulcuns de ses conseillers estoient absants, elle ne me
pouvoit résoudre, jusques à ce qu'elle fût au dict lieu, mais que,
sans aulcun doubte, elle me résoudroit, dans ceste procheyne sepmayne,
sans plus de remises. Et je vous supplye très humblement, Sire, de
croyre que je ne perds heure, ny momant, de la sollicitation qui se
peut mectre en cest affère; et, encor que la lettre de crédict ne soit
poinct arrivée, je n'ay layssé de faire valoir, le mieulx que j'ay
peu, l'assurance, que m'avez mandée, que me l'envoyeriés. Et ay dict à
milord trésorier et au comte de Lestre que vous ne vouliés prescripre
à l'ung ny à l'aultre ce qu'entendiés de fère pour eulx, car
dellibériés de commettre aultant que montoit la mesmes personne et la
grandeur et la fortune de Monseigneur, vostre frère, le tout en leurs
meins, et que leur loyer surmonteroit indubitablement et vos promesses
et leur espérance; mais qu'en l'endroict des personnes, ès quelles ilz
estimeroient estre bon d'uzer quelque présente libéralité, qu'ilz la
promissent ardiment pour vous, car vous y satisfferiés entièrement, et
me feriés venir jusques à cinquante et soixante, et cent mille escus
pour y fournir à leur discrétion, ce qui n'a esté prins que de très
bonne part. Et à quelques aultres propos, bien esloignés de cella,
j'ay sondé le Sr Acerbo s'il auroit moyen de fournir, icy, de
l'argent; qui m'a dict qu'il fournira tousjours, en ceste ville,
jusques à cent mille escus, sur la lettre du Sr Orace Russelin et sur
celle du sieur Jehan Baptiste Gondy, et qu'il ne fault sinon qu'on
accorde de quelque assignation par dellà avec l'ung d'eux pour estre
rembourcé, au cas que leur crédict soit employé icy, et que, s'il ne
l'est poinct, l'on leur rendra leur lettre. De quoy j'ay desjà prins
parolle du dict Sr Acerbo.
Et après, Sire, que j'ay eu communiqué à la Royne d'Angleterre et aulx
seigneurs de son conseil ce que m'avés mandé de la Rochelle, je l'ay
faict sçavoyr aulx gentilshommes et aultres vos subjects qui sont icy,
desquelz y en y a eu qui n'ont peu contenir les larmes du grand ayse,
qu'ilz ont receu, de la déclaration de Vostre Majesté, et de ce que
leur voulés maintenir vostre édict; ny pas ung d'eulx n'a dict, ny
monstré semblant aulcun, de vouloir devenir aultres que très humbles
et très obéissantz subjectz de Vostre Majesté. Et l'agent de la
Rochelle, sur toutz, s'est resjouy de la susdicte déclaration, et m'a
instamment requis de vous supplyer très humblement, Sire, qu'il vous
playse ne croyre que, de la part de ceulx de sa ville, ny en général,
ny en particullier, il soit venu aulcun advertissement, ny plaincte,
ny remonstrance de ce faict en ceste court; et que seulement ung homme
qui estoit présent, quand les choses furent descouvertes, estant,
d'avanture, arrivé icy pendant le premier bruict qui en couroit, il a
esté appellé devant le comte de Lestre pour dire ce qu'il en sçavoit;
et qu'il me promettoit, devant Dieu, qu'il ne s'estoit traicté ny se
traicteroit rien, icy, par ceulx de sa ville, qu'il ne m'en fît
participant, affin que je fusse tesmoing que leurs déportements
n'estoient que de loyaulx et fidelles subjects de Vostre Majesté. Par
quoy je luy ay permis de fère sçavoir à ceulx de sa ville la façon
dont Vostre Majesté avoit escript, par deçà, de ce faict.
J'ay mis toute la dilligence, qu'il m'a esté possible, et ne cesse
encores par les meilleurs moyens, que je puis, de destourner celle
dellibération, que je vous ay mandée qu'on mettoit en avant, touchant
la dicte ville de la Rochelle et ce quartier de la Guyenne qui est
entre la Loyre et la Garonne, et pense avoyr faict quelque
commancement de la divertyr. Néantmoins, parce que ceulx de la
nouvelle opinyon ne se peuvent encores bien rassurer de ces rescentes
souspeçons, et que ceulx cy arment et équippent navyres et font
quelque description de gens de guerre, pour envoyer, ainsy qu'ilz
disent, en Irlande, je supplye très humblement Vostre Majesté de fère
advertyr, secrettement, les gouverneurs, tout le long de vostre coste,
qui regarde la mer de deçà, qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes,
bien qu'on ne m'a jamays annoncé icy plus de paix ny d'amityé qu'on
faict maintenant. Et sur ce, etc.
Ce XIIe jour de janvier 1574.