MAREY ET L'INVENTION DU CINÉMATOGRAPHE.

On a beaucoup discuté, ces derniers temps, sur l'invention du

cinématographe, que l'on a attribuée tantôt à Edison tantôt au grand

physiologiste Marey. Dans une conférence faite devant les membres de la

Société de Physique, on a même affirmé que tout dans le cinématographe

avait été inventé à l'Institut Marey, sauf toutefois la perforation de

la pellicule, due à Edison. M. A. Seyewetz, sous-directeur de l'École de

chimie industrielle de Lyon, nous communique, à ce sujet, d'intéressants

documents, qui prouvent que la découverte de la photographie du

mouvement appartient, sans contestation possible, aux frères Lumière.

«Marey, nous écrit-il, a reconnu lui-même à MM. Lumière en différentes

circonstances, avec sa probité scientifique habituelle, la priorité de

l'idée des projections animées. Nous extrayons en effet, dans le compte

rendu fait par Marey en 1897 aux Sociétés Savantes de Paris et des

départements, les passages suivants: «De mon côté, je cherchais à

produire la synthèse optique du mouvement... MM. A. et L. Lumière ont

les premiers réalisé ce genre de projection avec leur cinématographe.»

On trouve également dans le Bulletin de la Société française de

Photographie, en 1889, une communication de Marey où nous relevons ces

lignes: «Edison devait trouver bientôt avec son kinétoscope la solution

de l'égalité des images au moyen de perforation de la pellicule

sensible. A cause de ses inconvénients, le kinétoscope fut bientôt

supplanté par l'admirable instrument de MM. Lumière universellement

connu sous le nom de cinématographe, qui était la réalisation parfaite

du chronophotographe projecteur.»

A ces témoignages, on peut encore joindre, en faveur de MM. Lumière, un

document historique d'une valeur incontestable. C'est le discours que

fit le savant fondateur de l'observatoire du Mont-Blanc, M. Janssen, à

l'Union nationale des Sociétés photographiques de France, le 12 juin

1895: «Le gros événement de cette session, déclara-t-il, a été le

résultat obtenu en photographie animée par MM. Lumière... Le point de

départ de cette nouvelle branche de la photographie est le revolver

photographique, inventé à l'occasion du passage de Vénus, sur le Soleil

en 1874. On sait avec quel succès M. Marey s'est emparé du principe de

l'instrument qu'il a d'ailleurs complètement transformé.

Mais, messieurs, si le revolver et ses dérivés nous donnent l'analyse

d'un mouvement par la série de ses aspects élémentaires, les procédés

qui permettent de réaliser, par la photographie, l'illusion d'une

scène animée doivent aller plus loin. Il faut qu'après avoir fixé

photographiquement tous les aspects successifs d'une scène en action ils

en réalisent une synthèse assez rapide et assez exacte pour offrir à

notre vue l'illusion de la scène, elle-même, et telle que la nature nous

l'eût présentée. C'est ici, messieurs, que, grâce à MM. Lumière, la

photographie que je proposerai de nommer la photographie animée, pour la

distinguer de la photographie analytique des mouvements, a fait un pas

considérable.»

Et M. Janssen concluait: «Aussi, messieurs, réjouissons-nous toujours,

et de plus en plus, que cet art merveilleux soit né en France, et

applaudissons de tout cœur, lorsqu'il s'enrichit chez nous de quelque

branche nouvelle.»

C'est donc bien aux frères Lumière qu'il faut attribuer la merveilleuse

invention du cinématographe, origine d'une industrie mondiale.

L'Illustration, No. 3727, 1er Août 1914 · 第 17 / 34 题