UN INCIDENT A LA BOURSE

Un incident des plus vifs, bien caractéristique de la nervosité qu'ont

provoquée cette semaine les événements extérieurs dans les milieux

financiers, s'est produit, lundi, à la Bourse, vers midi et demi. Il y

avait alors, comme chaque jour à cette heure, dans les salles des vastes

bâtiments, beaucoup d'animation, sinon beaucoup de transactions. Et

soudain, le bruit courut dans les groupes que le spéculateur viennois

Oscar Rosenberg, auquel les boursiers reprochaient sa campagne de baisse

sur la rente, aurait tenu des propos fâcheux sur le marché français. Ce

fut l'étincelle qui alluma bien des colères contenues depuis Longtemps.

Tout le monde se rua dans la salle des arbitrages, devant le box où

s'était réfugié M. Rosenberg, que protégeaient difficilement quelques

amis. Une première intervention des agents, accourus en hâte, ne réussit

pas à faire cesser le tumulte. Un moment débordés, ils durent revenir à

la charge: pendant la bagarre, M. Rosenberg put enfin sortir de son box

et gagner, sous la protection de la police, la salle des banquiers.

Mais, au dehors, les manifestants guettaient sa sortie. Il fallut

organiser un important service d'ordre, dégager complètement le

péristyle et les marches du côté de la rue Notre-Dame-des-Victoires,

maintenir au loin la foule derrière des barrages d'agents. Alors

seulement M. Rosenberg dut quitter la salle des banquiers, et, après

avoir descendu le grand escalier désert, monter dans un taxi-auto qu'on

avait fait avancer pour lui.

L'Illustration, No. 3727, 1er Août 1914 · 第 10 / 34 题