[Illustration: Lancement du _Kaiserin-Augusta-Victoria_, le plus long
paquebot du monde.]
On a lancé, le 29 août, des chantiers Vulkan, à Stettin, un navire
destiné aux voyages transatlantiques, qui sera le plus long du monde: le
_Kaiserin-Augusta-Victoria_. La mise à l'eau a eu lieu sans apparat,
quoique l'empereur Guillaume II y assistât, avec l'impératrice
Augusta-Victoria, qui avait accepté d'être la marraine du navire. Mais
l'empereur a tenu à faire répandre qu'il venait là simplement à titre
d'«ami» du président de la _Hamburg-Amerika Linie_, à la flotte de
laquelle appartient le nouveau paquebot. Et il n'a prononcé nul
discours, laissant à son «ami» et au maire de Stettin la tâche d'exalter
la marine allemande et le patriotisme naval.
Le _Kaiserin-Augusta-Victoria_ sera un admirable navire et qui justifie
les panégyriques adressés ce jour-là à la Compagnie _Hamburg-Amerika_.
Il a 213 mètres de longueur, 39 mètres de largeur, 16m,50 de creux. Son
tonnage brut est de 25.000 tonnes, son déplacement de 42.500 tonnes; ses
machines, à balancier, système qui atténue les trépidations toujours si
désagréables aux passagers, développeront 17.200 chevaux, et lui
donneront une vitesse de 18 milles à l'heure, lui permettant de faire,
en sept jours et demi, la traversée de Cherbourg à New-York. Il y a plus
rapide. Mais la _Hamburg-Amerika_ a voulu surtout créer un bateau
confortable et de gros rapport. Le _Kaiserin-Augusta-Victoria_ pourra
prendre 16.000 tonnes de cargaison, emmener 550 passagers de 1re classe,
300 de 2e, 250 de 3e et 2.500 d'entrepont, soit 3.400 passagers, ce qui,
avec les 600 hommes dont se compose l'état-major et l'équipage, donne un
total de 4.000 habitants à cette ville flottante: trois navires pareils
suffiraient au transport d'une division d'infanterie sur pied de guerre,
hommes et matériel.
Il est presque superflu d'ajouter qu'on a déployé, dans l'aménagement du
paquebot, un grand luxe. Il y a, à bord, des appartements complets, avec
salle de bain; deux restaurants, où l'on dîne en musique, aux accents
d'un orchestre allemand et d'un autre de tsiganes; une salle de
gymnastique et des bains de lumière électrique. Une bouquetière vend
chaque jour des fleurs fraîches; des soeurs de charité diplômées
assurent le service de l'infirmerie. Le téléphone est partout; enfin,
des ascenseurs desservent les différents étages.