Nous publions ici quelques photographies prises à Paris pendant
l'éclipse de soleil du 30 août.
Ceux de nos lecteurs qui auront essayé eux-mêmes de prendre, avec leurs
objectifs ordinaires, des clichés directs du phénomène, supposeront sans
doute, en voyant ces photographies, qu'elles ont nécessité l'emploi
d'appareils spéciaux et fort coûteux; il n'en est rien!
On croit généralement que, pour obtenir une image amplifiée, il est
indispensable d'employer, soit un objectif à foyer extrêmement long,
soit un téléobjectif de fort grossissement, accessoires que ne possèdent
généralement pas les amateurs les mieux outillés.
Il est possible au contraire d'utiliser les objectifs à court foyer dont
sont munis la plupart des appareils à main si répandus aujourd'hui. Les
personnes qui ont eu l'occasion de braquer ce genre d'objectif sur le
soleil ou sur la lune ont pu remarquer que l'image obtenue est
microscopique (un objectif 9x12 de 130mm de foyer donne un disque d'un
millimètre et demi de diamètre à peine). Mais, pour obtenir de grandes
images directes, il suffit de placer en avant de l'objectif une simple
jumelle de théâtre ou, mieux encore, une forte jumelle marine, de telle
sorte que l'axe de l'un des oculaires soit sur le prolongement de l'axe
optique de l'objectif. La photographie ci-dessous représentant le
dispositif nous dispense d'une longue description.
[Illustration: Dispositif pour photographier à grande distance.]
Le tirage de la jumelle, la distance de cette dernière à l'objectif, et
enfin le tirage de la chambre noire se déterminent assez rapidement par
tâtonnements.
[Illustration: En batterie pour photographier l'éclipse.]
Le deuxième oculaire de la jumelle, loin d'être inutile, sert de
chercheur. On dirige l'appareil vers le soleil et dès que son image
réduite vient se dessiner sur la planchette de l'objectif, on a la
certitude que la même image amplifiée se projette sur le verre dépoli;
on couvre alors, au moyen du voile noir, l'intervalle séparant la
jumelle de l'appareil afin d'éviter l'introduction de toute lumière
étrangère.
Une fois la mise en plaque bien faite, il n'y a plus qu'à opérer
rapidement, pour ne pas laisser le temps à l'image de s'échapper en
raison du double mouvement de la terre et du soleil.
[Illustration; L'éclipse photographiée à Paris avec un appareil
ordinaire et une jumelle.]
L'emploi de plaques orthochromatiques et antihalo s'impose absolument,
avec l'adjonction d'un écran jaune; de plus, il faut tenir compte de la
diminution progressive de la lumière jusqu'à la phase maxima de
l'éclipse; le 30 août, la surface solaire masquée par la lune était, à 1
h. 19, les 818 millièmes de la surface totale; comme l'action de la
lumière est proportionnelle au carré de sa surface, il fallait établir
une échelle de temps de pose inversement proportionnelle au carré de la
surface solaire visible. Ainsi les quatre épreuves ci-dessus ont-elles
reçu les temps d'exposition suivants:
Midi 33 -- 1/80e de seconde
-- 42 -- 1/55e --
1 heure 7 -- 1/30e --
1 heure 19 -- 1/20e --
avec écran jaune triplant le temps de pose. L'objectif était un
anastigmat 9x12 de 130 millimètres de foyer travaillant à toute
ouverture, soit f. 0.8 et monté sur une chambre 13x18.
Nous espérons, par ces détails, rendre service aux photographes désireux
de fixer sur la plaque un phénomène astronomique intéressant.
Il est à peine besoin d'ajouter que ce dispositif ne limite pas son
emploi à la photographie céleste, et qu'il peut être utilisé chaque fois
qu'un puissant téléobjectif serait nécessaire.