--Non, monsieur!
Le train venait de repartir.
L'officier dit:
--Che fais gouper fotre moustache pour bourrer ma pipe.
Et il avança la main vers la figure de son voisin.
Les Anglais, toujours impassibles, regardaient de leurs yeux fixes.
Déjà, l'Allemand avait pris une pincée de poils et tirait dessus, quand
M. Dubuis, d'un revers de main, lui releva le bras et, le saisissant au
collet, le rejeta sur la banquette. Puis, fou de colère, les tempes
gonflées, les yeux pleins de sang, l'étranglant toujours d'un main, il
se mit avec l'autre, fermée, à lui taper furieusement des coups de poing
par la figure. Le Prussien se débattait, tâchait de tirer son sabre,
d'étreindre son adversaire couché sur lui. Mais M. Dubuis l'écrasait du
poids énorme de son ventre, et tapait, tapait sans repos, sans prendre
haleine, sans savoir où tombaient ses coups. Le sang coulait;
l'Allemand, étranglé, râlait, crachait ses dents, essayait, mais en
vain, de rejeter ce gros homme exaspéré, qui l'assommait.
Les Anglais s'étaient levés et rapprochés pour mieux voir. Ils se
tenaient debout, pleins de joie et de curiosité, prêts à parier pour ou
contre chacun des combattants.
Et soudain M. Dubuis, épuisé par un pareil effort, se releva et se
rassit sans dire un mot.
Le Prussien ne se jeta pas sur lui, tant il demeurait effaré, stupide
d'étonnement et de douleur. Quand il eut repris haleine, il prononça:
--Si fous ne foulez pas me rentre raison avec le bistolet, che vous
tuerai!