L'astre tombe; quel délire!... Il
se perd dans les abîmes.
Mon âme est incarnée dans ma patrie; j'ai englouti
dans mon corps toute l'âme de ma patrie!... Moi, la
patrie, ce n'est qu'un. Je m'appelle _Million_, car j'aime et
je souffre pour des millions d'hommes. Je regarde ma
patrie infortunée comme un fils regarde son père livré
au supplice de la roue; je sens les tourments de toute une
nation, comme la mère ressent dans son sein les souffrances
de son enfant. Je souffre! je délire!... Et toi, gai,
sage, tu gouvernes toujours, tu juges toujours, et l'on dit
que tu n'erres pas!... Écoute, si c'est vrai, ce que j'ai
appris au berceau, ce que j'ai cru avec la foi de fils, si
c'est vrai que tu aimes, si tu chérissais le monde en le
créant, si tu as pour tes créatures un amour de père, si
un coeur sensible était compris dans le nombre des animaux
que tu renfermas dans l'arche pour les sauver du
déluge, si ce coeur n'est pas un monstre produit par le
hasard et qui meurt avant l'âge, si sous ton empire la
sensibilité n'est pas une anomalie, si des millions d'infortunés,
criant: «Secours!» n'attirent pas plus tes yeux
qu'une équation difficile à résoudre; si l'amour est de
quelque utilité dans le monde, et s'il n'est pas de ta part
une erreur de calcul....